La vente des Los Angeles Lakers a été conclue en un week-end. Josh Kushner, frère de Jared Kushner, et l’ancien dirigeant de Disney Bob Iger ont acquis la participation majoritaire détenue par Mark Walter pour 10,8 milliards d’euros, soit 12,5 milliards de dollars. Sous réserve de validation par le conseil des gouverneurs de la NBA, il s’agit de la cession de franchise sportive la plus chère jamais enregistrée, devant les 5,27 milliards d’euros des Boston Celtics en 2025 et les 8,3 milliards d’euros des Seattle Seahawks le mois précédent.
Quelques jours plus tôt, Fenway Sports Group annonçait la cession d’une participation minoritaire du Liverpool FC à un consortium baptisé 1892 Holdings, dans lequel figure Jeff Bezos aux côtés d’Amit Bhatia, de la famille Mittal et du couple Saverin. L’opération valorise le club anglais entre 5,8 et 7 milliards d’euros, contre 300 millions de livres lors de son rachat par FSG en 2010. Mike Gordon, président de Fenway Sports Group, a souligné que la stratégie de long terme du club continuait d’attirer investisseurs et dirigeants d’entreprise du monde entier.
Le sport professionnel, nouvel actif trophy des grandes fortunes
Ces deux transactions confirment une tendance déjà à l’œuvre depuis plusieurs années : les franchises sportives majeures sont désormais traitées par les family offices et les grandes fortunes comme une classe d’actifs à part entière, au même titre que l’hôtellerie ultra-luxe ou les résidences de destination. Rareté structurelle, revenus récurrents liés aux droits TV et au sponsoring, potentiel de valorisation rapide : les logiques d’investissement se recoupent largement, comme si chaque secteur observait l’autre en miroir.
Le mouvement de fond touche aussi le secteur hôtelier, où le capital institutionnel se redéploie massivement vers les actifs jugés résilients. Blackstone a par exemple clôturé un fonds de dette immobilière de 8 milliards de dollars dédié à l’hôtellerie, un secteur perçu comme plus flexible que les bureaux ou d’autres classes d’actifs commerciaux. La même logique de diversification patrimoniale anime aujourd’hui les investisseurs qui entrent au capital de franchises sportives.
Sport et musique, deux moteurs miroirs du tourisme événementiel
Le sport n’est plus le seul secteur à générer ce type de flux de valeur vers l’hôtellerie. La musique live obéit désormais à une mécanique quasi identique : une tournée d’envergure internationale produit sur une destination le même effet d’appel qu’une grande compétition sportive, en concentrant sur quelques jours une demande hôtelière et aérienne considérable.
Une enquête Opodo a ainsi mesuré une hausse de 26 % des recherches de vols vers Paris pendant la tournée européenne de Drake, portée notamment par une clientèle américaine et française prête à se déplacer spécifiquement pour l’événement. Les professionnels de l’hôtellerie parisienne y voient un vrai relais de rentabilité en dehors de la haute saison. Sport et musique fonctionnent ainsi comme deux faces d’un même phénomène : celui d’un tourisme événementiel capable de faire décoller ponctuellement, mais significativement, la performance hôtelière d’une destination.
Stades, arénas et hôtellerie : une économie de destination commune
Un club, une franchise sportive ou une tournée musicale fonctionnent, sur le plan économique, comme des générateurs de flux touristiques comparables à un hôtel ou une destination. Les jours d’événement irriguent la restauration, l’hébergement et le retail local, mais l’attractivité d’un club ou d’un artiste de premier plan dépasse largement le calendrier de l’événement et alimente un tourisme urbain plus durable.
Les grands groupes hôteliers l’ont intégré depuis longtemps en construisant des écosystèmes de marque autour du divertissement et de l’événementiel. Caesars Entertainment a ainsi transformé The Cromwell en The Vanderpump Hotel, s’appuyant sur une personnalité issue du divertissement pour renforcer son offre hospitality sur le Strip. Ce type de partenariat illustre la porosité croissante entre hôtellerie, sport, musique et marques grand public.
Los Angeles et Liverpool, deux marchés hôteliers sous tension
Los Angeles s’apprête à accueillir les Jeux olympiques de 2028, un horizon qui alimente déjà les développements hôteliers et la montée en gamme du parc existant dans la ville. L’arrivée de nouveaux propriétaires aux Lakers, acteurs par ailleurs actifs dans l’investissement au sens large, s’inscrit dans cette dynamique de valorisation du marché californien.
À Liverpool, la progression continue de la fréquentation touristique liée à la Premier League et à l’attractivité internationale du club soutient depuis plusieurs années la demande hôtelière locale. Plus largement, le marché britannique reste l’un des plus dynamiques d’Europe pour les ouvertures hôtelières, comme en témoignent les récentes implantations à Londres, à l’image de l’appart’hôtel Locke à Canary Wharf.
Ce que ces opérations annoncent pour les investisseurs hôteliers
Pour les dirigeants et investisseurs de l’hospitality, ces cessions sportives ne sont pas de simples faits divers économiques. Elles confirment que les logiques de rareté, de marque et de rendement qui gouvernent l’hôtellerie de luxe s’appliquent désormais, avec la même intensité, au sport et à la musique live, trois secteurs qui se disputent de plus en plus les mêmes capitaux, les mêmes profils d’investisseurs et, in fine, les mêmes destinations.
Ce rapprochement se lit également dans le mouvement de consolidation observé du côté des grands groupes d’hospitality et de casino-entertainment américains, à l’image des discussions autour d’une possible cession de Caesars Entertainment. Dans les trois univers, sport, musique et hôtellerie, la même question structure les arbitrages : celle de la capacité des actifs premium à générer un flux de trésorerie stable dans un contexte de taux encore élevés.
At a glance by The Hospitality Tribune
The Los Angeles Lakers were sold for $12.5bn (€10.8bn), the largest sports team transaction on record, agreed within days by Josh Kushner and Bob Iger
Jeff Bezos joined Liverpool FC’s ownership via the 1892 Holdings consortium alongside Fenway Sports Group, valuing the club at £5-6bn (€5.8-7bn)
Both deals highlight capital rotation from sports franchises toward the broader hospitality and tourism economies of their host cities
Live music tours show a mirroring effect: Drake’s European tour drove a 26% rise in flight searches to Paris, per an Opodo survey
Institutional and family-office capital increasingly treats trophy sports assets with the same logic applied to ultra-luxury hotel real estate
Los Angeles and Liverpool both face rising hotel demand tied to major sporting calendars, from the 2028 Olympics to Premier League fixtures













