Investissements | L’hôtellerie économique n’a pas dit son dernier mot par Widiane Mendes*

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À propos de l’auteure *| Widiane Mendes est directrice générale de Byron Gestion depuis juin 2024, où elle pilote la performance de deux entités opérationnelles, la structuration de club deals hôteliers et la valorisation d’un portefeuille d’actifs sous enseignes internationales. Elle avait auparavant occupé, au sein de la même structure, les fonctions de directrice juridique et DPO pendant trois ans, en charge de la relation avec plus de 200 investisseurs privés et de la gouvernance corporate d’un parc de 500 sociétés. Juriste de formation – C.R.F.P.A., Master 2 en droit des affaires et fiscalité (Université Paris 2 Panthéon-Assas) – Widiane Mendes a débuté sa carrière en cabinet d’expertise comptable et en cabinets d’avocats d’affaires, où elle a notamment conseillé l’alliance stratégique entre Oaktree, Paris Inn Group et Maison Albar Hotels. Elle a complété ce parcours par un Executive Mastère en Corporate Finance à HEC Paris. Elle est membre du Women First Club.

« Privée du filet des nuitées d’urgence, concurrencée par la montée en gamme du parc, l’hôtellerie économique française joue désormais sa survie sur un seul terrain : celui du client. Partout en France, des enseignes et des indépendants prouvent qu’avec une chambre repensée et quelques attentions bien choisies, le segment peut séduire une clientèle nouvelle sans renier sa promesse de prix.

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Pendant des années, exploiter un hôtel économique ou super-économique a pu relever d’une équation presque mécanique, en Île-de-France plus qu’ailleurs, mais pas seulement. Un contrat avec l’État ou une association, quelques dizaines de chambres réservées en bloc, un taux d’occupation garanti sur la durée : l’hébergement d’urgence a fait vivre des pans entiers du parc économique français. J’ai connu cette réalité de l’intérieur. Remplir un établissement avec ce type de convention était un savoir-faire à part entière, presque une spécialité dans l’asset management hôtelier.

Cette époque s’achève. Et sa fin annoncée oblige les exploitants du segment à affronter une question qu’ils avaient pu, pendant des années, se dispenser de poser : celle de leur capacité à remplir, seuls, leurs établissements.

Un sursis qui touche à sa fin

Il faut mesurer ce que ce marché institutionnel a représenté. Le parc d’hébergement d’urgence dépasse aujourd’hui 200 000 places en France, dont plusieurs dizaines de milliers de nuitées hôtelières mobilisées chaque soir. Ce dispositif, né dans les années 2010 et considérablement renforcé depuis, a offert un débouché stable à des établissements que leur emplacement ou leur état ne rendaient plus compétitifs sur le marché classique. Un sursis d’exploitation, en somme, d’autant plus confortable qu’il était discret.

Ce sursis se referme. La pression sur les finances publiques et les débats engagés autour du projet de loi de finances 2026 poussent à maîtriser le coût de ces prises en charge, tandis que le plan Logement d’abord organise la réorientation progressive des flux vers d’autres solutions : 30 000 places d’intermédiation locative dans le parc privé, 10 000 places en pensions de famille, relance des résidences sociales. Les plans de résorption des nuitées hôtelières étaient engagés depuis plusieurs années ; le climat budgétaire actuel les accélère.

Or ce filet ne se retire pas dans un marché serein. Selon Coach Omnium, près de 8 700 hôtels économiques ont disparu en France depuis 2010, quand les 4 et 5 étoiles passaient de 898 à plus de 3 000 adresses, soit 19 % des hôtels classés contre 5 % il y a quinze ans. Paris illustre le mouvement à l’extrême, avec 73 % d’adresses économiques perdues depuis 2009, mais aucune région n’y échappe. Pour un exploitant qui avait bâti une partie de son plan d’affaires sur les contrats sociaux, la conséquence est directe : ce qui masquait la fragilité de son actif disparaît au moment où le marché de fond lui est le moins favorable.

Ce que le client économique attend vraiment

La bonne nouvelle, c’est que la clientèle à reconquérir n’a pas déserté. Le prix est redevenu le premier critère de choix d’un hôtel pour 74 % des clients européens, contre 58 % en 2017, toujours selon Coach Omnium. La propreté, elle, reste le socle sur lequel aucun écart ne se pardonne : 64 % des voyageurs consultent les avis en ligne avant de réserver, et une chambre douteuse se photographie, se note et se commente.

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Autre évolution, plus contre-intuitive : le classement officiel a cessé de compter. À peine 16 % des clients tiennent encore compte des étoiles dans leur choix, contre 64 % en 2008. La gamme d’un hôtel se juge désormais au prix affiché et à la réputation en ligne, bien plus qu’à la plaque à l’entrée. Pour l’exploitant économique bien géré, c’est une chance : il n’a plus besoin d’une étoile supplémentaire pour convaincre. Il doit convaincre par le produit et par la preuve sociale.

Il faut d’ailleurs se garder de conclure que la demande s’essouffle. À l’échelle mondiale, les études de marché, celles de Fortune Business Insights notamment, désignent le segment économique comme le premier du marché hôtelier en volume, porté par des voyageurs attentifs au prix qui réservent en ligne, dans une Europe qui reste le premier marché hôtelier de la planète. Ce n’est pas la clientèle qui a déserté le segment en France : c’est une partie de l’offre qui a cessé de la mériter.

Se spécialiser pour mieux séduire

C’est précisément ce que les acteurs les mieux armés ont compris, et les grandes enseignes du segment ont toutes engagé la refonte de leur produit. Première Classe en donne une bonne illustration : literie de niveau 3 étoiles, salles de bains privatives dernière génération, climatisation systématisée, espaces communs repensés pour un parcours simple et accessible 24h/24, dans le cadre d’un programme de modernisation qui doit toucher plus de 180 hôtels d’ici 2028, sans renoncer au positionnement tarifaire de la marque. Campanile suit la même logique sur le cœur économique. Leurs concurrents redessinent eux aussi chambres et espaces d’accueil, quand les hostels nouvelle génération captent les jeunes voyageurs avec des lits à moins de 30 euros. Le message est partout le même : l’économique n’est plus un produit au rabais, c’est un produit optimisé.

L’exploitant indépendant peut jouer la même partition, à son échelle et sans budget de chaîne. Une décoration soignée coûte moins cher qu’une rénovation lourde : peintures contemporaines, têtes de lit habillées, éclairages chauds transforment le ressenti d’une chambre pour quelques milliers d’euros. Un mini-réfrigérateur, des prises et des ports USB accessibles depuis le lit, un vrai plan de travail pour poser un ordinateur suffisent à fidéliser l’ouvrier en grand déplacement, le commercial en tournée ou le jeune actif qui compare tout depuis son téléphone. C’est bien de spécialisation qu’il s’agit : un établissement de zone logistique ne se pense pas comme un hôtel de gare, ni comme une adresse de périphérie touristique. À chacun de choisir sa clientèle, puis de bâtir son produit pour elle, plutôt que d’attendre un remplissage venu d’ailleurs.

S’y ajoutent les basiques non négociables, longtemps relégués au second plan quand le remplissage était garanti par contrat : literie et insonorisation à niveau, propreté visible dès l’entrée, parcours de réservation fluide (plus d’une réservation hôtelière sur deux se fait désormais en ligne), e-réputation gérée activement. Rien de spectaculaire, mais un travail d’exploitation exigeant, quotidien.

Une nouvelle grille de lecture pour les investisseurs

C’est aussi, pour l’investisseur et le gestionnaire d’actifs, un changement de grille de lecture. Un hôtel économique ne se valorise plus à la sécurité de ses contrats de nuitées : il se valorise à sa capacité à capter et fidéliser, seul, une clientèle qui a l’embarras du choix. Cela oblige à regarder chaque actif en face, son emplacement, son état, son potentiel réel de repositionnement, et à arbitrer entre ceux qui peuvent rivaliser avec la catégorie supérieure et ceux dont le sursis institutionnel était devenu la seule raison d’être.

L’hôtellerie économique française n’est pas condamnée. Elle est sommée de redevenir un métier de conquête, chambre par chambre, avis par avis, client par client. Ceux qui l’auront compris à temps trouveront dans ce segment délaissé par l’investissement ce que les marchés matures offrent rarement : de la place. »

Widiane Mendes, Directrice générale de Byron Gestion

 


At a glance by The Hospitality Tribune

France’s budget hotel segment pivots from institutional contracts to guest experience
Nearly 8,700 economy hotels have closed in France since 2010, while 4 and 5-star properties grew from 898 to over 3,000
Emergency housing capacity tops 200,000 places nationwide, with hotel-based social contracts set to be scaled back under France’s 2026 budget and « Logement d’abord » plan
Price is now the top booking criterion for 74% of European travellers, up from 58% in 2017
Only 16% of guests still factor in official star ratings, down from 64% in 2008
Louvre Hotels Group is renovating over 180 Première Classe properties by 2028
Byron Gestion and Groupe Dassin recently launched a club deal dedicated to the super-economy segment

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