La Global Business Travel Association et ALTOUR, filiale d’Internova Travel Group, publient leur prévision annuelle sur les coûts du voyage d’affaires, réalisée avec le cabinet d’études économiques Avrio Institute. Le constat de départ est celui d’un marché sorti de sa torpeur de 2025 par un choc géopolitique brutal : la fermeture du détroit d’Ormuz fin février 2026, à la suite du conflit avec l’Iran, a fait bondir le Brent à près de 138 dollars le baril et le kérosène au-delà de 230 dollars, avant une désescalade à partir de la mi-année.
Ce choc énergétique s’est propagé à l’ensemble de la chaîne du voyage professionnel, des tarifs aériens jusqu’aux dépenses de restauration lors des séminaires. Le document distingue toutefois nettement deux temporalités : 2026, qualifiée d’année de coûts élevés, et 2027, présentée comme une année de relâchement partiel de la pression, sans retour aux prix de 2025. Les auteurs insistent sur la nécessité, pour les acheteurs de voyages, de raisonner catégorie par catégorie et région par région plutôt qu’à partir de moyennes globales.
Le secteur aérien concentre la plus forte volatilité. Le tarif moyen mondial pondéré doit progresser de 4,7 % en 2026 pour atteindre 756 dollars, avec une classe économique en hausse de 8,7 % et une classe premium en hausse de 9,5 %. Le carnet de commandes d’avions représente désormais environ 60 % de la flotte active, ce qui traduit un déficit structurel de capacité estimé à 3 170 appareils. La croissance des tarifs devrait ensuite ralentir à 1,5 % en 2027. Sur le plan régional, l’Amérique du Nord affiche la plus forte hausse en 2026, à 8,2 %, suivie de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique à 8 %, tandis que l’Amérique latine reste la zone la plus calme, à 3 %.
Pour l’hôtellerie, la dynamique est inversée par rapport à l’aérien : la demande est vigoureuse, mais une offre nouvelle abondante limite la hausse des prix des chambres. Le tarif journalier moyen mondial est attendu en hausse de 3,7 % en 2026, à 168 dollars, puis de 1,8 % seulement en 2027, à 171 dollars. Cette modération s’explique par un pipeline de construction hôtelière qui a atteint un niveau record fin 2025, avec près de 15 922 projets représentant 2,4 millions de chambres, dont 39 % rien qu’aux États-Unis. Environ 2 600 nouveaux hôtels doivent ouvrir chaque année en 2026 et 2027.
Les écarts régionaux se creusent nettement dans l’hôtellerie. L’Amérique latine enregistre la plus forte progression tarifaire en 2026, à 9,5 %, portée par une demande qui dépasse un pipeline hôtelier encore limité. L’Asie-Pacifique suit avec 5 %, l’Amérique du Nord avec 3,2 %, tandis que l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique restent quasiment à l’arrêt, à 0,6 %, avant une stagnation totale prévue en 2027. La reprise de la demande d’affaires proprement dite, distincte du segment loisirs et groupes qui porte l’essentiel de la croissance, reste plus lente que prévu.
Le transport terrestre reste le segment le plus stable, gouverné davantage par la discipline des loueurs sur la taille de leurs flottes que par les à-coups de la demande. Le tarif journalier moyen mondial doit progresser de 3,6 % en 2026 avant de reculer légèrement en 2027. Les réunions et événements, eux, affichent une dynamique particulière : le coût quotidien moyen par délégué doit croître de manière modérée, mais la restauration et la production event représentent les postes où l’inflation est la plus forte, entre 5 % et 10 % selon les catégories, un niveau supérieur à l’indice général de l’alimentation hors domicile.
Le rapport identifie également les principaux facteurs de risque susceptibles de faire dévier ce scénario de normalisation : une nouvelle fermeture du détroit d’Ormuz, un nouveau pic du prix du kérosène, de nouveaux retards de livraison d’avions, une accélération plus rapide que prévu du coût des carburants d’aviation durables, ou encore une nouvelle phase de volatilité monétaire. La GBTA avait déjà souligné, dans une précédente étude, la place croissante prise par les appels d’offres structurés dans les stratégies d’achat des entreprises, un mouvement que ce nouveau rapport confirme en creux : la lisibilité des coûts devient un enjeu stratégique pour les directions financières comme pour les hôteliers qui négocient avec elles.
Pour les opérateurs hôteliers, le message est double. D’un côté, la vigueur de la demande professionnelle et de groupe, conjuguée à un ralentissement de la hausse des tarifs aériens, pourrait redonner de l’air aux budgets voyages des entreprises et soutenir les réservations. De l’autre, la pression sur les coûts salariaux, jugée durable et non réversible par les auteurs du rapport, continuera de peser sur les marges des établissements, notamment en Asie-Pacifique où les besoins en recrutement hôtelier restent massifs. ALTOUR, de son côté, poursuit le renforcement de ses équipes dédiées au voyage d’affaires, dans un contexte où la donnée transactionnelle devient un argument commercial à part entière face aux acheteurs corporate.
At a Glance
2027 Global Business Travel Forecast — GBTA & ALTOUR – Global blended airfare: $756 in 2026 (+4.7%), $767 in 2027 (+1.46%) – Global hotel ADR: $168 in 2026 (+3.7%), $171 in 2027 (+1.8%) – Global ground transportation ADR: $46.50 in 2026 (+3.6%), $46.10 in 2027 (-0.9%) – Meetings daily average cost per delegate: $263 in 2026 (+3%), $267 in 2027 (+1.5%) – Global construction pipeline (late 2025): 15,922 projects / 2.4 million rooms – Jet fuel forecast: $3.37/gallon in 2026 easing to $2.86/gallon in 2027













