Un écart fiscal documenté sur trois marchés clés
Transport & Environment (T&E) a comparé la fiscalité appliquée à une nuit d’hôtel affichée à 100 € en France, en Italie et en Espagne avec celle de croisières proposées à des tarifs similaires. Le constat est net : une nuit à bord d’un navire de croisière est nettement moins taxée qu’une nuit à l’hôtel.
En France, les clients des hôtels acquittent 24 % du prix en taxes, contre 9 % seulement pour les passagers de croisières. Pour l’ONG, cet écart ne se justifie pas au regard de l’impact environnemental des navires et de la pression qu’ils exercent sur les infrastructures locales.
Cette charge pèse d’autant plus sur l’hôtellerie française que la fiscalité locale a fortement progressé ces dernières années, à l’image du triplement de la taxe de séjour à Paris et en Île-de-France en 2024.
Analyse LTH – Pour les hôteliers des destinations littorales méditerranéennes, l’étude fournit un argument chiffré dans le débat sur l’équité fiscale entre formes d’hébergement. Ce débat s’est jusqu’ici surtout concentré sur la location meublée de courte durée.
Une faille juridique au cœur du débat
Les croisières sont officiellement classées comme une forme de transport maritime, alors qu’elles relèvent en pratique de l’hébergement touristique. Selon T&E, cette qualification leur permet notamment d’échapper à la TVA et aux taxes sur les carburants.

« Ces hôtels flottants ne sont pas des infrastructures maritimes essentielles. Les croisières ne constituent pas un moyen de transport vers une destination, elles sont la destination elle-même. Pourtant, elles ont les mêmes avantages que le transport de marchandises. Taxer les navires de croisière à leur juste valeur aiderait les villes à lutter contre la pollution et à répondre aux préoccupations liées au surtourisme », déclare Fanny Pointet, responsable du secteur maritime chez T&E.
Des coûts externes estimés jusqu’à 930 millions d’euros
L’étude souligne qu’une large part des externalités négatives des navires de croisière, issues des émissions de gaz à effet de serre et des polluants atmosphériques, échappe aux politiques existantes. Dans les régions méditerranéennes de la France, de l’Espagne et de l’Italie, ces coûts externes se situaient entre 550 et 930 millions d’euros en 2025.
Cette fourchette repose sur deux valeurs alternatives du carbone, calculées par CE Delft (2019) et Quinet (2025). D’après T&E, le marché carbone maritime (ETS Maritime) ne suffit pas à compenser ces coûts, d’autant qu’il n’a pas vocation à couvrir la pollution atmosphérique.
L’ONG s’appuie également sur les travaux de l’ICCT, selon lesquels un passager de croisière génère deux à quatre fois plus de CO₂ qu’un vacancier voyageant en avion ou en voiture et séjournant à l’hôtel.
Une taxe de 15 € par passager, soit 55 millions d’euros par an en France
Pour combler ce déficit, T&E préconise d’abord l’instauration de taxes nationales sur les billets de croisière. Au sein de l’Union européenne, seule la Grèce applique aujourd’hui un tel dispositif au niveau national, avec un montant compris entre 5 et 20 € selon la saison.
À l’échelle locale, plusieurs villes comme Amsterdam, Barcelone ou Dubrovnik ont déjà franchi le pas. La capitale catalane prévoit d’ailleurs de porter sa taxe sur les croisiéristes en escale de moins de 12 heures de 11 à 30 € d’ici 2030.
Selon les simulations de T&E, une taxe de 15 € par passager et par escale rapporterait 55 millions d’euros par an en France. Cette recette pourrait abonder le budget de l’État, financer la protection des écosystèmes côtiers ou soutenir des infrastructures comme l’alimentation électrique à quai.
Un ensemble de mesures plus large
La fiscalité ne suffira pas, à elle seule, à combler l’écart entre le coût environnemental des croisières et leurs contreparties financières. « Une taxe sur les navires de croisière doit être considérée comme s’inscrivant dans un ensemble de mesures réglementaires plus large. Pour atténuer pleinement l’empreinte environnementale du secteur, des politiques parallèles axées sur l’offre sont nécessaires », conclut Fanny Pointet.
T&E recommande ainsi de renforcer la réglementation européenne sur les carburants marins durables (FuelEU Maritime) et de resserrer les critères d’efficacité énergétique. Le trafic pourrait aussi être restreint si nécessaire, par exemple par un plafond d’escales par jour ou par an, une logique déjà éprouvée à Venise, qui a interdit les paquebots dans son centre historique dès août 2021.
Enfin, l’ONG estime que la TVA applicable aux navires de croisière devrait être alignée sur celle du secteur touristique classique.
At a glance by The Hospitality Tribune
T&E study: cruises taxed far less than hotels in Europe
Tax gap: a cruise night carries 40% less tax than a hotel night (France, Italy, Spain)
France: 24% of the price in taxes for hotel guests vs 9% for cruise passengers
Loophole: cruises classified as maritime transport, exempt from VAT and fuel taxes
External costs: €550m to €930m in 2025 across Mediterranean France, Spain and Italy
Proposal: a €15 per passenger per call levy would raise €55m a year in France
















