Social | «En quittant le métier, j’ai retrouvé une utilité sociale»

Depuis février 2020, plus de 230 000 salariés de la restauration ont quitté le secteur. Pour nombre d’entre eux, la crise sanitaire a servi de déclencheur. Trois anciens employés de restaurants racontent leur reconversion.

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« Désolé nous sommes fermés ». Lorsque les restaurants ont baissé le rideau, en mars puis en novembre 2020, plus d’un million de salariés du secteur se sont retrouvés au chômage forcé du jour au lendemain.

Pour certains, cette crise sanitaire a joué les électrochocs. Entre février 2020 et février 2021, plus de 230 000 d’entre eux ont choisi de rendre le tablier, éreintés par des journées passées debout, des semaines de « 80, 90 heures » parfois, des mois sans week-end ni soirées, pour une paie qui ne suit pas. À tel point que le secteur peine désormais à recruter et des négociations sociales s’ouvrent pour redonner de l’attractivité aux métiers de cette branche.

Trois anciens employés de la restauration, pour qui les confinements ont joué les révélateurs, racontent leur choix de tout plaquer et décrivent une vie personnelle plus équilibrée et une vie professionnelle souvent à réinventer mais plus apaisée.

Amélie, responsable de salle devenue téléconseillère : « Dans la restauration, le Code du travail sert à caler les portes »

Quand Amélie intègre l’équipe d’un restaurant, en septembre 2018, c’est un choix par défaut. La jeune femme, 22 ans à l’époque, vient de terminer une licence professionnelle des métiers de la librairie mais le secteur est bouché. Elle postule dans un resto branché du centre de Lille qu’elle apprécie. Après quelques mois en tant que serveuse, elle passe gérante de salle. « Même si c’était pas mon domaine de prédilection, j’essayais de faire de mon mieux, explique-t-elle. Je me donnais à 100 % »

Son métier consiste à s’occuper de l’ouverture et de la fermeture, gérer les encaissements, les réapprovisionnements et conseiller les clients. « C’était un métier intéressant, c’est pour ça que je suis restée, raconte-t-elle. Mais je travaillais trop. Dans une journée je pouvais commencer à 11 h et finir à 23 h 30. Je ne voyais quasiment pas mon conjoint, je n’avais pas de week-end. »

Embauchée en CDI de 24 heures, en réalité ses semaines peuvent compter « 45 ou 50 heures » de travail selon les besoins de l’établissement, pour une paie d’« à peine plus que le Smic ». Une semaine, Amélie monte à 50 heures, une semaine, elle redescend à 24 heures mais en débordant à chaque service de « 15, 30 minutes », ce qui, mis bout à bout, constitue « une somme d’heures non-payées ».

Son équipe, constituée en grande partie de contrats étudiants « change tout le temps », la jeune femme a beaucoup de responsabilités, fait partie de la petite équipe de titulaires sur lesquels ses employeurs peuvent toujours compter. « Quand j’avais une soirée prévue avec mon conjoint, parfois je devais m’asseoir dessus parce que le restaurant avait besoin de moi, se souvient-elle. Quand ils voyaient que c’était trop le rush, 15-20 minutes avant, ils m’appelaient. »

Malgré l’intérêt qu’elle porte au métier, Amélie voit sa fatigue grandir et sa vie sociale se déliter. « Il y a un côté frustrant de voir des gens arriver au restaurant pour passer la soirée entre amis, constate-t-elle. Parfois il y avait même de la jalousie de ma part et de mes collègues. On les regardait en se disant que nous, on n’était pas près de sortir… »

Peu de temps avant le début de la crise sanitaire, elle commence à avoir des doutes. « C’est pénible de tout donner pour un travail, de faire des efforts, des sacrifices et de ne pas avoir de reconnaissance derrière, juge-t-elle. Le côté physique, j’étais habituée en librairie, avec les réassorts, on est toujours debout. Mais la restauration, c’est beaucoup plus épuisant parce qu’il y a l’impact moral de ne pas avoir de vie sociale… »

Le premier confinement est un « gros déclic ». Amélie se retrouve à la maison, se repose, renoue avec ses proches. « Je n’ai jamais autant profité de mon conjoint ! J’avais le temps d’appeler mes parents, mes amis… on ne pouvait pas se voir mais je n’ai jamais autant parlé avec eux ! »

Elle redécouvre aussi ses passions, lire, dessiner, jouer aux jeux vidéo. « Ça a été un déclencheur phénoménal pour moi : waouh le temps que j’ai à côté pour faire ce que j’aime ! Je ne suis pas qu’un outil pour mon restaurant ! Waouh, j’ai des week-ends, c’est beau ! »

Mais quand le déconfinement survient, Amélie n’a pas de plan B et reprend donc la route de son restaurant. « J’y allais en traînant des pieds. À un moment je n’en pouvais tellement plus, je pleurais tous les soirs en rentrant chez moi, je me suis dit zut, j’ai des économies, j’ai posé ma démission. »

Un peu avant la fin de son mois de préavis, elle trouve un emploi dans le téléconseil, poste qu’elle occupe toujours un an plus tard. « Idéalement j’aurais voulu retrouver en librairie mais c’est complètement bouché, j’ai eu beaucoup de déceptions, regrette-t-elle. Le téléconseil, c’est pas une vocation non plus, mais ça va mieux !… (…) Lire la suite sur Ouest France (article payant ) (art

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