La grande machine du ski reprend enfin, grippée par le manque de saisonniers

La neige toute fraîche luit gaiement au soleil, la clientèle est dûment vaccinée et impatiente de chausser: la grande machine du ski reprend enfin dans les stations françaises, mais en coulisses, le grain de sable guette car la main d'œuvre manque cruellement.

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Ils et elles sont femmes de chambre, serveurs, commis de magasins, pisteurs ou encore conducteurs d’engins de damage: ce sont eux qui s’acquittent discrètement de la plus grande partie du travail généré par les vacanciers.

Ils étaient 58.000 en poste dans les stations de ski durant la saison d’hiver 2019-2020, puis les effectifs ont baissé de 58% entre décembre 2020 et mars 2021, selon le ministère du Travail.

L’Alpe d’Huez, station prisée des Britanniques, emploie à elle seule de 3.000 à 4.000 saisonniers à son pic d’activité lorsque sa population enfle jusqu’à 26.000 personnes (contre 1.500 à l’année), selon François Badjily, directeur de l’Office du tourisme.

Mais le Covid-19 est passé par là, interrompant la saison 2019/2020, anéantissant la suivante. Privés de travail pendant de longs mois, les saisonniers ont saisi l’occasion ou ont dû se reconvertir ou se sédentariser.

A moins d’une semaine des vacances de Noël, les réservations s’annoncent bonnes pour l’hiver malgré la vague de contaminations que traverse le pays et la possible annonce de nouvelles mesures dans la foulée d’un conseil de défense sanitaire vendredi.

Mais plus de 2.000 postes de saisonniers restent à pourvoir en Savoie et Haute Savoie selon l’agence Pôle Emploi. A l’Alpe d’Huez, il y en a plus de 60. Comme à l’échelle nationale, l’hôtellerie et la restauration sont les plus touchées, confirme M. Badjily, avec 5-10% d’effectifs manquants.

Certains employeurs ont vu s’évaporer les trois quarts de leurs effectifs et ont dû chercher -et former- de nouvelles têtes, parfois jusqu’en Pologne.

Les remontées mécaniques affichent en revanche presque complet selon Alain Mathieu, employé de l’opérateur SATA et délégué syndical Force Ouvrière. Selon lui, « d’autres stations sont beaucoup plus affectées » que l’Alpe d’Huez par la pénurie de main d’œuvre, au point de risquer l’arrêt de certains équipements. Facteur non négligeable, les salaires viennent d’être augmentés de 3,2%: « cela faisait très longtemps qu’il n’y avait pas eu une telle revalorisation », se félicite-t-il.

« Heures de dingue »

Dans l’hôtel chic des Grandes Rousses, 15 personnes -soit 10% de l’effectif- manquent et les entretiens d’embauche se poursuivent. L’un des deux restaurants est fermé faute de personnel et la réceptionniste Alia Nourine s’affaire, bien seule, à son poste.

« Je viens à peine de commencer la saison et je fais déjà des heures de dingue et c’est pareil pour tout le monde. Pour le confort des clients également, il faudrait qu’on soit un peu plus nombreux », confie la jeune femme. Heureusement, les touristes « sont compréhensifs, ils voient qu’on est là de 7 à 23h ».

La propriétaire de l’hôtel, Patricia Grelot-Collomb, admet que les dix prochains jours relèveront du « challenge ». « Une ouverture de saison pour un hôtel est toujours comme une première de théâtre. C’est quand vous montez en puissance la semaine de l’ouverture que les dysfonctionnements apparaissent ».

La pénurie de personnel attise une bataille entre stations « très compliquée à gérer », souligne-t-elle, disant s’être aperçue dès le mois d’août que des concurrents tentaient subrepticement de débaucher ses saisonniers d’hiver. « Je n’avais jamais perçu ça avant », dit-elle.

Pour fidéliser son personnel, l’hôtelière se dit particulièrement « vigilante sur la qualité du package » proposé, avec des logements de qualité et des menus élaborés par une diététicienne, du wifi, bref une véritable « qualité de vie en dehors du travail ». (…) Lire la suite sur Nice Matin

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