Le 11 mai 2026, Christophe Lecourtier a pris ses fonctions de directeur général du groupe AFD, en accédant au poste occupé par Rémy Rioux depuis 2016. Cette nomination, proposée par le Président de la République et confirmée par une large majorité de parlementaires, intervient dans un contexte de bouleversements géopolitiques et d’accroissement des interdépendances entre la France, l’Europe et le reste du monde.
Devant le Parlement, le nouveau directeur général a défendu une vision resserrée du rôle de l’institution : « Dans le monde tel qu’il est désormais, je suis convaincu que l’AFD est plus nécessaire que jamais pour défendre une certaine idée de la France, faire rayonner nos valeurs et promouvoir les intérêts mutuels qui nous lient au reste du monde. Nous devons toutefois être sélectifs, lisibles et exemplaires : plus qu’une petite Banque Mondiale, l’AFD a vocation à être une grande agence française. »
Cette évolution stratégique se traduit par une concentration des moyens sur les géographies et secteurs où l’impact est le plus tangible, une meilleure articulation avec la politique étrangère française et une simplification des procédures. Christophe Lecourtier a complété son équipe de direction tout au long de l’été 2026 : Quiterie Pincent a été nommée directrice exécutive Mobilisation, Partenariats et Communication le 6 juillet, Mathieu Vasseur directeur exécutif en charge des Géographies le 13 juillet, puis Laurence Breton-Moyet directrice exécutive du Campus Groupe AFD le 24 août. Ces trois nominations, toutes issues du groupe AFD, ont porté à 40 % la part de dirigeantes au sein du comité exécutif.
Le mouvement s’est poursuivi en septembre avec deux nominations à la direction de la communication et de la mobilisation économique. Benoît Verdeaux a pris la direction de la communication du groupe le 1er septembre, après cinq années au service de la diplomatie française, notamment comme Premier Conseiller à l’Ambassade de France en Côte d’Ivoire. Le 10 septembre, Vincent Toussaint a été nommé directeur exécutif adjoint de la Mobilisation, partenariats et communication, chargé notamment de la diplomatie économique ; fort de plus de vingt-cinq ans dans l’action économique internationale de la France, il dirigeait depuis 2023 le Service économique régional de l’Ambassade de France au Maroc, où il pilotait notamment le suivi de grands projets d’infrastructure. Sa nomination vise, selon l’AFD, à renforcer la mobilisation des entreprises françaises au service du repositionnement stratégique du groupe.
Au-delà de ce mouvement de gouvernance, l’historique des financements du groupe AFD révèle une constante moins visible : depuis plus de quinze ans, les actifs touristiques et les activités de formation liées au tourisme figurent régulièrement parmi les projets soutenus par l’institution, sur plusieurs continents. Ces interventions, anciennes pour la plupart, dessinent une géographie où l’hôtellerie, les infrastructures de transport touristique et l’ingénierie de la formation professionnelle sont traitées comme des leviers de développement économique à part entière, au même titre que la santé ou l’éducation.
Maroc : Taghazout Bay, une station intégrée portée par un prêt de 20 millions d’euros
Premier exemple de cette ligne discrète mais continue, en décembre 2014, l’AFD a accordé un prêt de 20 millions d’euros à la Société d’Aménagement et de Promotion de la Station de Taghazout (SAPST) pour financer partiellement Taghazout Bay, une station touristique de 615 hectares en front de mer, au nord d’Agadir.
Le site, structuré en partenariat public-privé (75 % public, 25 % privé), comprend des infrastructures touristiques et résidentielles, une médina et une coopérative d’arganier. Les premiers établissements ont ouvert en 2015, dont un hôtel associé à une académie de golf et un village de surf. Le coût total du programme s’élève à 10 milliards de dirhams, soit environ 917 millions d’euros (taux du 15 septembre 2026 : 1 € = 10,90 MAD), dont 6 milliards de dirhams (environ 550 millions d’euros) portés directement par la SAPST.
La SAPST a été la première structure à obtenir, à l’échelle internationale, la certification « HQE aménagement », en limitant à 10 % la part du site effectivement construite. L’AFD évalue à 20 000 le nombre d’emplois directs et indirects générés par le projet dans la région d’Agadir.
Une école hôtelière née dans un ancien hôtel réhabilité en République dominicaine
En République dominicaine, l’AFD a accordé en juin 2013 un prêt souverain de 3,9 millions d’euros à l’Instituto de Formación Técnico Profesional (INFOTEP) pour créer un centre de formation aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration à Higüey, dans l’est du pays, région qui accueille la moitié des touristes de la République dominicaine.
Le centre a été établi dans un ancien hôtel réhabilité et propose des formations initiales et continues, développées en partenariat avec l’École hôtelière d’Avignon. Le financement a également permis la montée en gamme du pôle de formation en boulangerie du centre INFOTEP de Santo Domingo. L’INFOTEP, organisme public fondé en 1980, dispose de 205 centres et a formé plus de 2 millions de personnes depuis sa création, pour un flux annuel de 350 000 apprentis.
Le projet répond à un enjeu de compétitivité pour la destination, alors que la République dominicaine affichait un taux de chômage de l’ordre de 14 % lors du lancement du programme. L’AFD en attend un accès amélioré des jeunes à des emplois mieux rémunérés dans l’hôtellerie et la restauration, ainsi qu’un renforcement de la compétitivité touristique du pays.
Le tourisme, un levier discret dans la stratégie de l’AFD
Analyse – Ni Taghazout Bay ni le centre de formation de Higüey ne relèvent d’annonces récentes : ce sont des engagements initiés respectivement en 2014 et 2013, dont les effets se déploient sur le temps long. Ils illustrent néanmoins une dimension moins visible de l’action de l’AFD, alors que la nouvelle direction affiche l’ambition d’une agence plus sélective et plus lisible.
Pour les acteurs de l’hôtellerie internationale, ces financements publics constituent un relais potentiel dans des marchés où l’accès au crédit bancaire classique reste contraint, notamment pour des infrastructures d’aménagement touristique ou des dispositifs de formation professionnelle. Reste à savoir si le repositionnement stratégique engagé par Christophe Lecourtier maintiendra le tourisme parmi les secteurs jugés à fort impact, ou le réduira à la marge d’un mandat recentré sur la santé, l’éducation, le climat et la sécurité.
At a glance by The Hospitality Tribune
How France’s development agency quietly finances hotel and tourism projects
Christophe Lecourtier became AFD’s CEO on 11 May 2026, succeeding Rémy Rioux, with a strategic shift toward selectivity and tangible impact
AFD granted a €20 million loan (2014) to Morocco’s Taghazout Bay, a 615-hectare beach resort near Agadir including a hotel, golf academy and surf village
Taghazout Bay’s total investment reaches roughly €917 million, expected to generate 20,000 direct and indirect jobs
A €3.9 million sovereign loan (2013) funded a hospitality training school in Higüey, Dominican Republic, built in a repurposed hotel with France’s École hôtelière d’Avignon
AFD’s executive committee was renewed in summer 2026, raising female representation to 40%













