mar 28 juin 2022
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Ces fautes de goût qui ne pardonnent pas en entreprise

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Il ne s’agit pas de distribuer les bons et les mauvais points. Ni de lister, ici, les «fashion faux pas» au travail. Simplement parce que chaque secteur, chaque entreprise, possède ses propres règles vestimentaires. Ainsi, «arriver en jean et tee-shirt sera valorisé chez Facebook mais mal vu chez Morgan Stanley», analyse Jean Vigneron, chasseur de têtes spécialisé dans l’industrie du luxe. Mais il est une règle en matière de style qui prévaut au bureau: less is more ou, pour bien faire, il convient de… moins faire.

Costume ou non, une tenue sobre permet d’éviter bon nombre d’écueils. Que l’on soit startuppeur ou banquier d’affaires, force est de constater que «la vie en entreprise est un monde gris, marine et noir», témoigne Christine, cadre dans la finance. Curieusement, le marron serait perçu comme une couleur fantaisie. «À Paris particulièrement, l’uniforme des cadres est des plus austères. Par exemple, ceux qui osent, en hiver, les teintes claires, comme du beige, font figure d’exception», confirme Jean Vigneron. Toutefois, on aura toujours plus d’indulgence pour un égarement côté couleur si l’on reste conforme aux valeurs de l’entreprise. Dans l’immense majorité des sociétés, la sobriété et la décence sont de rigueur. «Je me souviens de l’expérience d’un candidat qui avait réussi haut la main toute une série d’entretiens de recrutement, poursuit l’expert. Lors de l’ultime rendez-vous, il a finalement été recalé. La raison invoquée? Le dernier bouton de sa chemise n’était pas boutonné!» Superficiel ou non, ce motif de refus officiel est symptomatique de l’importance du vêtement, de ce qu’il dit – ici, sans doute, un laisser-aller, une certaine désinvolture ou un excès de confiance. De même pour ce qui concerne les signes extérieurs de richesse. «Dans les milieux financiers, afficher une Rolex au poignet est monnaie courante. Mais un vêtement ou un accessoire à logo vous catalogue tout de suite dans la catégorie arriviste ou, pire, ne venant pas du sérail», reprend Christine. Plus largement, chez nous, il est de bon ton de rester discret sur ses revenus. «Si, en France, il est admis, voire valorisé, de produire du luxe, en consommer l’est moins. Ce qui n’est pas le cas dans la culture anglo-saxonne», analyse M. Vigneron.

Les hommes, marqués par la mode du slim, au début des années 2000, ont toujours tendance à acheter des vêtements trop petits, des pantalons serrés aux cuisses

Basile Khadiry, fondateur de l’élégante boutique Beige Habilleur, dans l’Ouest parisien

Nul n’ignore que certains détails sont risqués. Et un accessoire cristallise les débats: la cravate, cause de critique et de tracas pour des générations d’hommes. Qui n’a pas raillé un collègue pour un motif farfelu ou connu les affres du nœud inadapté à son écosystème professionnel? Le Windsor, par exemple, ce nœud épais, prisé d’Édouard Balladur et de Donald Trump, que le Britannique James Darwen (auteur du Chic anglais , 1990) exhortait les hommes à «ne jamais porter, à moins que vous ne vouliez avoir l’air d’un publicitaire, d’un pilote de la British Airways ou d’un supporteur de Mme Thatcher!». De nos jours, la cravate étant moins dans le cou(p), ses inconditionnels restent le plus souvent sobres sur le sujet. «Dans notre secteur, les grands dirigeants en ont de moins en moins, et les jeunes s’y plient seulement lorsqu’ils sont face à des clients que l’on sait attachés à ce genre de rituels, raconte Nicolas, gestionnaire de patrimoine. Seule la génération des 45-50 ans la porte encore systématiquement.»

Signe que les accessoires ne le sont finalement pas, les chaussettes sont également scrutées. Le modèle de sport en coton blanc est, on peut le dire, tabou dans des souliers de ville, tout comme les chaussettes qui s’arrêtent sous la cheville, très en vogue ces dernières années. «On sous-estime le nombre d’hommes qui attachent de l’importance à la hauteur de leurs chaussettes, relate Christine, évoquant la préférence de ses collègues pour les mi-bas. Ils se refusent à ce que l’ourlet du pantalon dévoile leur mollet poilu quand ils sont assis.» Justement, le pantalon trop court et surtout trop serré est un mal contemporain. «Les hommes, marqués par la mode du slim, au début des années 2000, ont toujours tendance à acheter des vêtements trop petits, des pantalons serrés aux cuisses, s’agace Basile Khadiry, fondateur de l’élégante boutique Beige Habilleur, dans l’Ouest parisien. Notre rôle consiste à les encourager à essayer une taille plus adaptée, et ils sont en général conquis.» Même diagnostic pour les chemises étriquées, voire sur le point d’exploser au niveau du plexus. D’autant plus que, comme le reconnaît Sébastien, agent d’assurances à Bordeaux, «entre les réunions et les déjeuners d’affaires, on ne perçoit des autres que leur buste». En vrac, pour le haut du corps, il est également contre-indiqué de choisir des vestes taillées dans des matières satinées, des chemises noires bon marché, de porter par-dessus sa veste de costume un blouson trop court et par-dessous, une doudoune sans manches.

Un vêtement ou un accessoire à logo vous catalogue tout de suite dans la catégorie arriviste

Christine, cadre dans la finance

Au-delà des règles d’élégance qui, in fine, peuvent être brisées avec un peu d’audace, un domaine demeure non négociable: l’hygiène. Certes, les mœurs ont changé du côté de la capillarité. Longtemps, certaines entreprises ont proscrit le cheveu long et la barbe avant, depuis peu, de l’accepter, tant qu’elle est maîtrisée et pas hirsute. «Au début de ma carrière, il y a une quinzaine d’années, j’entendais pas mal de remarques négatives sur ma barbe, se souvient Antoine, directeur de travaux dans le Sud-Ouest. C’est aujourd’hui bien plus accepté, surtout lorsqu’elle est bien taillée. On voit même des collègues plus âgés s’y mettre.»

Moins visible mais tout aussi capital, les ongles. «Longs et sales, c’est sans doute la plus grosse erreur qu’un homme puisse commettre», souffle Christine. A fortiori quand la propreté des mains est devenue une question de santé publique. Mais ce n’est pas tout. Dans l’espace clos du bureau où les odeurs corporelles sont difficiles à masquer (et à l’heure où de plus en plus d’urbains commencent leur journée par un effort physique en enfourchant leur vélo), le déodorant se révèle vital. Ceux qui transpirent beaucoup savent déjà qu’une chemise bleu pâle trahit plus facilement les taches de sueur. «Je ne porte que du blanc: j’ai trop souvent vu les auréoles de transpiration à la poitrine et sous les bras gâcher ma journée», assure Nicolas.

Et inutile de compenser une hygiène approximative avec un surplus de parfum. «C’est un vrai manque de savoir-vivre que d’envahir de cette manière la sphère privée de l’autre, assène Jeanne Doré, rédactrice en chef de la revue spécialisée Nez. Certains hommes voient leur sillage comme une arme de séduction. Mais le parfum n’est pas un appât à insectes! Il est préférable de l’appliquer avec parcimonie.» Certaines fragrances, soit trop puissantes soit vues et revues, sont à bannir. «On peut le dire, les blockbusters de la parfumerie de ces quinze dernières années sont caricaturaux et de mauvais goût: ils se ressemblent tous avec leur fraîcheur en tête et leur structure boisée censée représenter la masculinité, complète Jeanne Doré. La plus grosse faute, au final, c’est de choisir une fragrance uniquement parce qu’elle est populaire et, surtout, de ne pas être soi-même.» Une règle qui n’est pas seulement valable en parfum…

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