Lors de la dernière AG, devançant les questions des actionnaires, Sébastien Bazin avait annoncé que son mandat actuel, qui court jusqu’en mai 2028, serait son dernier.
« Mon mandat peut se raccourcir si le conseil d’administration trouve la bonne personne avant. Nous avons jusqu’en mai 2028 pour trouver, le plus vite possible », avait-t-il déclaré devant les actionnaires, lançant de facto la recherche formelle de son successeur. « C’est le moment de se mettre à l’ouvrage pour préparer cette succession […] dans une totale transparence »
La soudaine contestation apparue lors de cette même AG intervient alors que le capital d’Accor se recompose. Depuis sa première entrée au capital en mai 2023, le fonds Parvus Asset Management Europe, basé à Jersey, a multiplié les franchissements de seuil jusqu’à devenir le premier actionnaire du groupe hôtelier. Qualifié par le Financial Times de l’un des fonds activistes les plus importants d’Europe, Parvus privilégiait jusqu’alors, selon les medias spécialisés, une approche « discrète, fondée sur les négociations en coulisses plutôt que sur l’affrontement frontal ».
Le capital du Groupe reste par ailleurs marqué par la présence de deux actionnaires stratégiques de longue date, entrés au tour de table en 2016 lors du rachat de FRHI (Fairmont, Raffles, Swissôtel) : le fonds souverain qatari Qatar Investment Authority et Kingdom Holding Company, véhicule d’investissement saoudien. Kingdom Holding est notamment représenté au conseil d’administration d’Accor par Sarmad Zok, également directeur de Kingdom Hotel Investments et administrateur de Four Seasons Hotels and Resorts, qui a lui-même orchestré la cession de Fairmont et Raffles à Accor en 2016.
C’est donc dans ce climat de tension actionnariale que le conseil d’administration aurait mandaté le cabinet d’avocats parisien BDGS pour enquêter sur des soupçons de conflits d’intérêts et de favoritisme visant Sébastien Bazin, a révélé aujourd’hui le Financial Times. L’investigation, conclue ces dernières semaines, a écarté l’ensemble des allégations formulées. Selon le quotidien britannique, l’enquête avait été réclamée par Sébastien Bazin lui-même, après la circulation auprès des administrateurs d’un document anonyme détaillant une série d’accusations. Menée par Antoine Gosset-Grainville, par ailleurs président d’Axa, elle portait notamment sur les relations d’Accor avec Paris Society, la société d’hospitalité détenue par Laurent de Gourcuff, proche du dirigeant, ainsi que sur la nomination en 2025 d’une conseillère en communication externe à un poste de direction au sein d’Ennismore, la division lifestyle du groupe qui prépare une introduction en Bourse. Selon le Financial Times, cette dernière entretiendrait une relation de longue date avec Sébastien Bazin, un lien qui n’entrait toutefois pas dans le périmètre de l’enquête, celui-ci ne figurant pas parmi les allégations transmises au conseil.
Le cabinet a conclu que les accusations étaient « sans fondement », des conclusions « unanimement approuvées » par le conseil d’administration, qui a clôturé le dossier. Accor affirme avoir mené « une enquête indépendante » confirmant l’absence de « manquement aux obligations légales ou fiduciaires » de son dirigeant, et se réserve le droit de faire valoir ses droits pour mettre fin à ces « allégations infondées ».
Cette procédure intervient quelques mois après une autre controverse ayant visé le PDG d’Accor, lorsqu’un rapport publié par le fonds vendeur à découvert Grizzly Research avait évoqué un lien présumé entre Sébastien Bazin et le financier condamné Jeffrey Epstein, poussant le groupe à lancer une double enquête et à démentir fermement toute implication dans l’exploitation systémique évoquée par le rapport. Deux épisodes distincts, mais qui dessinent, en l’espace de quelques mois, un climat de suspicion inhabituel autour du dirigeant au moment même où s’ouvre la question de sa succession.
Il est difficile de ne pas évoquer, compte tenu de la quasi-simultanéité des pseudo-affaires, la possible manipulation par des acteurs (internes ou externes ?) afin de s’emparer, à terme, du Groupe ou tout du moins, d’imposer la future gouvernance (et un éventuel « spit » du Luxe avec d’importants gains à la clé ?).
Rappelons par ailleurs que l’assemblée générale du 27 mai avait entériné le renouvellement des mandats d’Anne-Laure Kiechel, présidente du comité d’audit, de la compliance et des risques, et de Bruno Pavlovsky, président du comité des nominations et rémunérations, deux administrateurs directement concernés par la définition de la politique de rémunération contestée. Preuve, s’il en est, de la confiance renouvelée à l’emblématique Président du Groupe.
AT A GLANCE
Accor: Shareholder Revolt, Succession Search and Internal Investigation Converge Around CEO Bazin
AGM (May 27, 2026): over 40% of shareholders voted against Bazin’s pay package, approved with just 60% support (vs. 89% in 2025)
Bazin announced his current term (ending May 2028) will be his last; succession search formally launched
Parvus Asset Management Europe has become Accor’s largest shareholder since 2023, described by the FT as a major European activist fund
Qatar Investment Authority and Kingdom Holding Company remain longstanding strategic shareholders since the 2016 FRHI deal; Kingdom is represented on the board by Sarmad Zok
Separately, law firm BDGS investigated conflict-of-interest and favouritism allegations against Bazin (ties to Paris Society, a 2025 Ennismore appointment) — all allegations dismissed as « without foundation »
Investigation was requested by Bazin himself after an anonymous document circulated among directors
Follows an earlier March 2026 controversy involving a Grizzly Research short-seller report












