La Société des bains de mer, première entreprise touristique privée de la Côte d’Azur, se restructure

La société, pourvoyeuse de près de 4 000 emplois à Monaco, se déclare contrainte par la crise sanitaire d’« accélérer la mise en œuvre d’un plan de restructuration global, notamment en matière sociale ».

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C’est une décision sans précédent. La Société des bains de mer (SBM), première entreprise touristique privée de la Côte d’Azur et pourvoyeuse de près de 4 000 emplois à Monaco, a annoncé, vendredi 2 octobre, « un plan de restructuration global », avec à la clé des départs volontaires et contraints.

« La crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 et le choc économique engendré par cette dernière obligent la Société des bains de mer à accélérer la mise en œuvre d’un plan de restructuration global, notamment en matière sociale », a annoncé l’entreprise, qui gère les principaux hôtels et les casinos de la principauté, ainsi que trente bars et restaurants.

Privée de congrès, de clients en provenance de destinations lointaines – ses hôtels furent à moitié vides durant l’été –, la SBM vise une économie d’exploitation de 25 millions d’euros par an.

« Dans ces 25 millions d’euros, il y a des économies qui ne sont pas la conséquence du départ, volontaire ou non, de personnel. On renégocie nos contrats d’assurance, avec tous nos fournisseurs, on supprime des consultants », a détaillé le président délégué, Jean-Luc Biamonti.

« Dès les jours prochains »

Les suppressions de postes, que la direction ne veut pas chiffrer avant des négociations prévues « dès les jours prochains », passeront par « un plan de départs volontaires ouvert aux plus de 57 ans à la condition essentielle d’un non-remplacement » et par « un plan de départs collectifs » ou licenciements pour motifs de sureffectif et de réorganisation, selon l’entreprise. « Malheureusement, il y aura des départs contraints, mais on va essayer de les minimiser », a indiqué M. Biamonti. Hôtels-restaurants, jeux et fonctions support : aucun département n’est épargné.

« Ce travail de restructuration est rendu particulièrement nécessaire du fait d’un déficit chronique de ses exploitations hôtelières et de restauration et de son activité casino, lié notamment à un niveau de charge salariale en inadéquation avec le niveau de chiffre d’affaires généré », ajoute la SBM dans un communiqué.

Sous le choc, la vingtaine de syndicats représentés au sein de l’entreprise n’ont pas souhaité réagir immédiatement auprès de la presse et étaient en pleine analyse de la présentation faite vendredi matin par la direction de la SBM, selon l’union des syndicats de Monaco (USM).

« Beaucoup plus violent »

Sortie du rouge en 2018 et redevenue profitable juste avant la crise sanitaire, la SBM entend aussi « renégocier certains accords collectifs ou usages en vigueur » qui sont sur « certains points », selon M. Biamonti, « le reflet du passé » et « disproportionnés » au regard de la situation.

Pour la SBM, dont le personnel vient majoritairement travailler de France et un peu d’Italie, pour une rémunération brute moyenne de 47 000 euros par an, c’est du jamais-vu, admet M. Biamonti.

L’entreprise a déjà affronté des passages à vide, mais « c’est beaucoup plus violent que les autres crises », souligne M. Biamonti. « Sur les cinq premiers mois, on a un effondrement terrible du chiffre d’affaires, chaque jour qui passe aggrave la situation et les mois qui viennent ne se présentent pas bien tant qu’on a cette menace sanitaire », dit-il.

« Le groupe SBM doit impérativement renouer avec un niveau de rentabilité lui permettant d’assurer les investissements nécessaires à sa pérennité, et seule la réussite de ce plan permettra d’éviter des mesures plus drastiques en termes de réduction de charges ou d’effectifs », prévient encore le groupe dans son communiqué.

La SBM, qui a le monopole des jeux à Monaco, est détenue par l’Etat monégasque (64,21 %), aux côtés du géant français du luxe LVMH (5 %) et du groupe de Macao Galaxy Entertainment (4,99 %).

Elle exploite cinq palaces en principauté : l’Hôtel Hermitage, le Monte-Carlo Beach, le Monte-Carlo Bay, le Méridien Beach Plaza et l’Hôtel de Paris, récemment rénové. Elle compte aussi trente bars et restaurants dont cinq étoilés, comme Le Louis XV, dirigé par Alain Ducasse.

Elle a développé une activité d’immobilier locatif de luxe, en plein essor avec l’inauguration en 2019 du complexe One Monte-Carlo près de la place historique du Casino, très rémunératrice, mais qui ne représente que 5 % de son chiffre d’affaires consolidé.

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