Côte d’Ivoire | Marc Vicens, directeur général de M’Koa Hôtel: “Jacqueville est l’avenir du tourisme et de l’hôtellerie en Côte d’Ivoire” (Entretien)

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Marc Vicens, expert en hôtellerie et tourisme, 1er directeur commercial de l’hôtel Ivoire, est l’ancien président du fonds de développement du tourisme. Il est aujourd’hui installé à son propre compte et dirige M’Koa hôtel, un complexe hôtelier à Jacqueville. Dans cet entretien qu’il a accordé à l’équipe du Journal J’aime Jacqueville , M. Vicens revient sur sa passion pour l’hôtellerie et décrit la ville de Jacqueville comme l’avenir du tourisme en Côte d’Ivoire .

Pourquoi avoir choisi d’investir dans M’Koa hôtel à Jacqueville, un établissement longtemps resté à l’abandon, ?

Mon choix n’est pas fortuit et s’est porté sur Jacqueville parce que mon histoire avec Jacqueville date de plus de 30 ans. Beaucoup plus jeune, je venais à l’hôtel M’KOA. Au cours d’un de mes voyages à Jacqueville pendant la crise, j’ai constaté que les ex FRCI avaient occupé l’hôtel. Après cette période, il est resté à l’abandon dans un très mauvais état. Vous savez, l’hôtel M’KOA et moi, c’est comme l’histoire d’un courtisan et d’une jeune fille. Quand on en tombe amoureux, elle peut ne pas être belle, mais vous faites tout ce que vous pouvez pour la rendre belle et attirante. Ce fut le cas avec l’hôtel M’KOA. Comme je prenais ma retraite, je me suis donc lancé le défi de rendre à l’hôtel M’KOA son lustre d’antan, et d’en faire une des meilleures destinations à Jacqueville. J’ai vendu un de mes biens pour faire face au défi que je me suis lancé. Je croyais en mon projet. J’ai continué et aujourd’hui, le résultat est là. L’hôtel M’Koa compte de plus en plus à Jacqueville. Je ne regrette pas du tout d’avoir vendu ce bien pour investir ici.

Vous avez gardé le nom hôtel M’Koa…

C’est un hôtel qui a une histoire, et elle doit continuer avec ses plus belles pages. Et le nom M’Koa, qui est d’ailleurs le nom originel de Jacqueville, est le cœur de cette histoire. Voilà pourquoi on a gardé ce nom.

La ville Jacqueville est une destination touristique qui attire de plus en plus du monde. Comment maintenir ce flux croissant, selon vous?

Il y a de nombreux projets pour rendre Jacqueville beaucoup plus sèduisante. Jacqueville doit proposer quelque chose de nouveau qui attire et retient les visiteurs: le loisir. Il faut occuper les gens par le loisir. Nous sommes en train de mettre en place des stratégies. On a un potentiel inestimable à Jacqueville. Tout doucement ça se développe avec les jeunes cadres. On ne peut pas faire du tourisme si on n’a pas les moyens. On ne peut pas attirer actuellement la clientèle internationale à cause du coronas. Il faut donc faire la promotion de la clientèle nationale avec l’organisation des séminaires, des ateliers, des excursions… à Jacqueville. Pour mieux développer le tourisme à Jacqueville, il faut également se battre pour lever les freins notamment stopper les coupures intempestives d’électricité et d’eau, la réalisation de l’autoroute Abidjan-San-Pedro qui est en cours. Nous saluons le gouvernement ivoirien pour ces travaux d’élargissement de la route qui part de Yopougon-Gesco au carrefour Jacqueville. Lorsque tous ces obstacles seront levés, les choses iront très vite. Pour l’instant, il faut faire de la sensibilisation et de la formation.

Que prévoyez-vous pour la jeunesse de Jacqueville ?

Pas moi, mais nous envisageons beaucoup de choses pour cette jeunesse qui a besoin d’être soutenue. Mais pour l’heure, il faut être prudent, laisser les choses évoluer et bien s’enraciner avant de dévoiler des projets. Toutefois, il faut, à l’avenir, former les jeunes de Jacqueville au métier du tourisme et de l’hôtellerie, créer un centre de formation dans ces domaines.

Ce que je fais déjà à mon humble niveau, c’est de donner du travail à certains d’entre eux. Nous employons des femmes et des jeunes gens dont l’âge varie de 30 à 45 ans. On en fera plus avec le temps.

Comment êtes-vous arrivé dans le domaine de l’hôtellerie et du tourisme ?

C’est une histoire qui remonte à 1972. Quand je suis rentré en fin de 1972, j’étais en stage à Fraternité Matin. Feu Laurent Dona Fologo et Auguste Miremont m’ont demandé d’aller interviewer le directeur général de l’hôtel Ivoire d’alors. Figurez-vous que je ne connaissais rien du tout dans le domaine du tourisme et de l’hôtellerie. Ils m’ont dit: “ non mais nous n’en savons pas plus que toi. Nous aimerions justement que tu ailles demander au directeur général de l’hôtel Ivoire, ce que c’est que le tourisme et l’hôtellerie”. L’hôtel Ivoire qui était la plus grosse unité dans ce genre en Afrique à l’époque, et qui est même toujours une des grosses unités en Afrique.

A cette époque, le tourisme et l’hôtellerie étaient une nouvelle industrie. Je suis donc allé rencontrer monsieur Carpentier qui était le directeur général de l’hôtel Ivoire. Il a commencé à me parler de tourisme et d’hôtellerie. Je lui ai dit : “écoutez, vraiment, ça a l’air passionnant”. Et pendant notre interview, il cherchait souvent ses mots en français. Je lui ai dit: “ si ça peut vous mettre à l’aise, je suis bilingue anglais. Il a dit: “Ah vous êtes bilingue.”. C’est fini, c’est parti, l’amitié a commencé.

Après, il était tellement content qu’il m’a demandé de travailler avec lui à l’hôtel Ivoire. Il m’a invité à déjeuner et il a insisté pour que je vienne avec lui. Je lui ai répondu que je ne connaissais rien du tourisme, que je ne savais pas comment je pouvais l’aider. Il m’a répondu : “ on va vous apprendre”. Je lui ai rétorqué que je faisais déjà un stage à Frat Mat. J’ai souhaité y rester quelques mois pour que je termine mon stage. Il a dit: “ non ! non! je te veux tout de suite”.

Avez-vous saisi l’opportunité ?

Pas tout de suite. Il a tellement insisté que je me suis senti contraint d’en parler à Laurent Dona Fologo et à Auguste Miremont, des aînés qui ont dirigé le groupe Fraternité Matin. À l’époque, le tourisme et l’hôtellerie n’étaient pas des entreprises connues. Miremont m’a dit: “ il ne fallait pas aller à l’université si tu voulais faire de l’hôtellerie”. Fologo, lui, a éclaté de rire et a encouragé Miremont à me donner la chance d’essayer. “Et si ça ne te plait pas tu reviens”. Je suis donc allé donner mon accord à monsieur Carpentier. C’est ainsi que j’ai mis le pied dans le tourisme. Au bout d’ un an, je suis devenu directeur commercial de l’hôtel Ivoire. Je suis resté 4 ans à l’hôtel Ivoire.

Qu’avez-vous vraiment apporté au tourisme ivoirien ?

On a eu beaucoup de succès. A l’époque, le ministre KONÉ Ibrahim (ndr: ministre du tourisme de mars 1977 à février 1981) m’a remarqué. Un jour, au cours d’une de nos rencontres, il m’a dit: “Jeune homme, on aimerait bien que vous dirigiez ICTA voyage. “ ICTA voyage était une agence de voyage, et même bien plus qu’agence, qui appartenait à l’État. ICTA Voyage a fait beaucoup de choses.

Nous y faisions du Lynx voyage avec les clients qui venaient de l’extérieur en tant que grand operator. Avec eux, nous faisions le tour de la Côte d’Ivoire pour leur présenter toutes les merveilles de nos régions, du nord au sud, de l’ouest à l’est en passant le centre. On avait un département qui organisait les congrès, des excursions avec les ex hôtels Sietho. Et nous avons fait venir beaucoup de monde. Ce faisant, on faisait également la promotion de la Côte d’Ivoire à l’extérieur partout dans le monde avec le ministre KONÉ Ibrahima, Simplice Zinsou. Et nous avons vraiment réussi à faire découvrir la Côte D’Ivoire, à bâtir le tourisme à l’ivoirienne. Ce tourisme-là, nous l’avons fait pendant de nombreuses années et c’est pour moi une très grande fierté. Je suis resté à la tête de ICTA Voyage pendant de nombreuses années. (…) Lire la suite sur Abidjan Net