Martinique : « Notre rôle, c’est d’accompagner la survie des professionnels du tourisme »

A l’aube de la haute-saison, la Martinique est convaincue qu’elle a une carte à jouer. A condition que les délais des tests PCR puissent être tenus pour les voyageurs. Nous avons interviewé François Baltus-Languedoc, qui pilote depuis un an le Comité Martiniquais du Tourisme.

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Le coronavirus a balayé toutes les certitudes en matière de tourisme, restent les convictions. C’est sur elles que mise François Baltus-Languedoc, le directeur général du Comité Martiniquais du Tourisme, alors que la haute-saison est sur le point de débuter. Pour essayer de convaincre, quand même. “Aujourd’hui, la reprise de l’épidémie ne nous permet pas vraiment de nous projeter sur l’hiver, reconnaît-il. Il faut qu’on avance malgré tout, je suis convaincu que nous avons une carte à jouer, car le Français qui a envie de soleil et d’exotisme pour l’hiver, et de voyager en sécurité, où peut-il aller ? Il lui reste les Antilles.”

« Vu la conjoncture, lever ce protocole de tests ne serait pas une bonne option »

Pour l’heure, les réservations sont faibles, admet-il. “C’est inquiétant, mais c’est compréhensible. On sait tous que cette deuxième vague va durer, les gens n’ont pas la tête à ça. Il faut qu’on stimule la demande.” Pour cela, la destination a mobilisé un budget de relance de 2,7 millions d’euros, la plus grosse enveloppe jamais débloquée. Une large part sera affectée à des campagnes de notoriété en télé (900 000 euros) et sur le digital (200 000 euros). La destination entend aussi soutenir les compagnies aériennes avec des actions de promotion conjointes, et nouer des partenariats avec les OTA.

En espérant, surtout, que les tests PCR, nécessaires pour se rendre aux Antilles, seront facilités. “Au début du déconfinement, nous avons loupé une fenêtre de tir car début juin, les protocoles sanitaires étaient très flous pour se rendre aux Antilles”, rappelle François Baltus-Languedoc. Un sujet qui reste plus que jamais d’actualité, alors que les laboratoires sont saturés. “Vu la conjoncture, lever ce protocole de tests ne serait pas une bonne option, estime François Baltus-Languedoc. Mais nous avons commencé à faire du lobbying politique pour sensibiliser nos élus et le gouvernement. Bien sûr, le gouvernement est surtout préoccupé par le fait de rendre les tests disponibles pour les gens malades, ce qui est tout à fait compréhensible, mais du coup, le tourisme passe en dernier. On veut remettre le tourisme au cœur des préoccupations du gouvernement.”

« On s’est rendu compte qu’il fallait sauver notre offre touristique »

Il en va de la survie des opérateurs touristiques. “Évidemment, le confinement a été catastrophique, avec 58 jours de fermeture en moyenne pour les acteurs du tourisme et 68 pour les hôtels, qui n’avaient plus de revenus, détaille le directeur du Comité Martiniquais du Tourisme. Fin juin, 80% des opérateurs du tourisme nous disaient qu’ils ne tiendraient pas l’été faute de trésorerie suffisante.”

Rapidement, le CMT a mis en place des mesures de soutien aux professionnels. « Nous avons été obligés de nous réinventer et de sortir de nos missions habituelles. On s’est rendu compte qu’il fallait sauver notre offre touristique. Nous avons créé une petite cellule de neuf personnes pour traiter les dossiers d’aide. » Pour l’heure, la destination ne déplore pas de fermeture d’hôtel et pas encore de fermeture d’agences. « Mais pour les agences, aujourd’hui, c’est très très compliqué, s’inquiète François Baltus-Languedoc. Nos réceptifs n’ont rien à vendre, car souvent c’est de la croisière ou des groupes, nos agences outgoing n’ont rien à vendre non plus à cause des restrictions de voyages. Dans les trois mois qui viennent, il va y avoir beaucoup de casse, et c’est un crève-cœur, parce que c’est de l’humain, et c’est aussi notre offre qui s’effondre”, se désole-t-il. Des réunions entre agences et élus martiniquais ont eu lieu récemment, d’autres sont prévues dans les prochains jours, précise-t-il.

Eviter que de nouvelles compagnies disparaissent

Les inquiétudes se portent aussi sur l’aérien. « Il faut absolument éviter que des compagnies aériennes disparaissent, souligne le directeur général du CMT. En peu de temps nous avons déjà perdu Level et XL Airways. On ne peut pas continuer à perdre des sièges sur la Martinique. » Une bonne nouvelle toutefois : « Air France vient d’ouvrir un ligne sur Charles-de-Gaulle. On le demandait depuis très longtemps, pour nous permettre d’avoir des connexions avec le monde entier. »

En dépit du contexte, le CMT veut donc continuer d’avancer. « Il y a bien sûr cette incertitude mais je n’ai pas les moyens de douter », résume le directeur général du CMT. « Le pire serait de trop douter et d’être paralysé. Notre priorité, c’est l’agilité. Sans ça vous êtes mort.” “Nous avons du budget, notamment parce que nous avons économisé sur certaines dépenses, comme la participation à des salons qui ont été annulés”, poursuit-il.

La destination veut aussi maintenir le lien avec les pros du tourisme. Notamment en musclant le digital. Dans les tuyaux, un nouveau format d’e-learning pour les professionnels du voyage. « Ça va être la Rolls-Royce du e-learning, promet François Baltus-Languedoc. Le mot clé, c’est immersion, immersion, immersion. » La plateforme devrait être mise en ligne d’ici un mois, et proposera un programme de certification. Dans le même esprit, des éductours seront aussi organisés… en mode virtuel. “Nous allons réunir des professionnels, dans le respect des conditions sanitaires, pour leur projeter un film sur notre destination. Bien sûr, nous les plongerons dans l’ambiance de la Martinique. » Pour compenser l’annulation de l’IFTM, la Martinique compte aussi organiser dans les prochaines semaines un salon virtuel pour que les professionnels de la destination puissent malgré tout rencontrer les TO français, canadiens et Belges. Quelques éductours sur place seront aussi organisés.

Bientôt un club des professionnels du tourisme martiniquais

« Il ne faut pas disparaître, car quand la reprise sera là, la concurrence sera rude, prévoit-il. On passe un mauvais moment, mais on verra le mieux, c’est obligé. En attendant, on doit survivre et notre rôle c’est d’accompagner cette survie.”

François Baltus-Languedoc lancera également prochainement un club des professionnels du tourisme martiniquais. “On va vraiment échanger avec les professionnels et leur demander leur avis pour qu’ils soient partie prenante de nos actions, explique le DG du CMT. Et nous aussi, nous avons besoin de ça. Ce serait prétentieux de dire que nous avons une boule de cristal, personne ne l’a. Moi aussi j’ai besoin d’échanger avec les professionnels. »

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