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« Infiltrée dans un palace » : « Complément d’enquête » révèle du travail dissimulé dans certains grands hôtels

Pour comprendre ce que vivent les petites mains de l’hôtellerie de luxe, une journaliste de "Complément d'enquête" s'est infiltrée dans un univers feutré, mais parfois sans pitié pour ses salariés. Elle y a découvert certaines femmes de chambre qui travaillent chaque mois plusieurs heures... gratuitement. Une forme de travail dissimulé rendue possible par le recours à la sous-traitance.

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Pour comprendre ce que vivent les petites mains de l’hôtellerie de luxe, une journaliste du magazine s’est fait embaucher comme gouvernante. La société qui l’a recrutée pour le compte du Molitor s’appelle Medifrance.

Des femmes de chambres payées à l’heure… « officiellement »

Au sein d’un des hôtels les plus prestigieux de Paris, notre « infiltrée » a constaté, comme dans d’autres établissements, des cadences éreintantes. Mais elle a aussi rencontré des femmes de chambres qui, régulièrement, travailleraient… sans être payées. Elles seraient rémunérées non pas à l’heure mais à la tâche, une pratique hors la loi. « Le contrat, c’est par chambre, pas par heure, explique l’une d’elles, à visage caché. Il faut faire 12 chambres pour avoir 7 heures. Si tu fais moins, ils ne te payent pas ton contrat. Ils vont te payer que le nombre de chambres que tu as fait. »

Sarah décide de vérifier les propos de cette femme de chambre auprès de sa supérieure. Celle-ci reconnaît que la pratique est interdite… mais que les contrats de Medifrance permettent de le faire quand même : « La législation française interdit de payer à la chambre. Donc on les paye à l’heure… mais en sachant qu’une heure représente deux chambres. »

Un stratagème pour masquer la rémunération à la tâche

ll s’agit donc d’un stratagème pour masquer le fait que ces femmes de chambre sont payées à la tâche… La journaliste elle-même l’a constaté : les nouveaux employés se voyaient proposer un contrat de quatre heures, pendant lesquelles ils devaient faire sept chambres. Mais « la supérieure se gardait de leur dire que s’ils mettaient plus de quatre heures pour faire ces sept chambres, ils ne seraient pas payés plus ». Selon la représentante des inspecteurs du travail Emeline Briantais, ce système est très clairement illégal : « C’est du travail dissimulé, il n’y a pas de doute là-dessus. »

Un an après le début de cette enquête, le service de communication du Molitor (qui n’avait pas répondu aux demandes d’interview du magazine) a précisé par mail n’être « plus sous contrat avec la société Medifrance », et avoir « retenu la société Sogepark, qui a débuté ses prestations en janvier 2020 ». Ce nouveau sous-traitant applique-t-il la loi ? Selon les informations de « Complément d’enquête », la rémunération à la chambre se pratiquerait encore…

Extrait de « Infiltrée dans un palace. Enquête sur les petites mains du luxe », un reportage diffusé dans « Complément d’enquête » le 17 décembre 2020.

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