Belgique | Pour les concierges de riches, aucune porte n’est jamais vraiment fermée

De places VIP pour une finale de coupe du monde à guichets fermés ou un dîner avec le pape? Les "exauceurs de vœux" des super riches réussissent à ouvrir toutes les portes. "Les gens expriment de nouveaux souhaits en permanence et ensuite, c'est à nous de jouer."

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« Qu’est-ce qui est spécial? » Au volant de sa BMW bleue, Kristiaan Polgar hausse les épaules. Le fondateur et patron de de la société brugeoise VIP & Butler Services Group ne s’étonne plus de rien. Avec son entreprise – active depuis 2013 – il répond à tous les souhaits de ses clients. Chaque jour – avec un majordome résident – ou de temps en temps – pour une « gender reveal party ». « Ce qu’une personne considère comme un peu fou, une autre le trouvera banal. Une de mes clientes est une Russe qui vient ici chaque année pour ses opérations de chirurgie esthétique. Elle ne fait rien, un majordome doit l’habiller et la déshabiller et la mettre au lit. Pour un autre client, je me rends tous les mois à Paris avec un jet privé pour acheter 12 macarons. Tout le monde agit selon ses possibilités. »

Polgar fait partie du petit club des acteurs belges offrant des services de conciergerie, un secteur relativement nouveau et qui trouve ses origines dans les hôtels de luxe, où une armée de collaborateurs se tient prête à répondre à tous les souhaits des clients. Lorsqu’il est apparu qu’un marché potentiel existait en dehors du secteur hôtelier, c’est-à-dire à la fin des années 1990, plusieurs entreprises spécialisées ont vu le jour. Leur popularité s’est développée avec la hausse du nombre de riches ayant de plus en plus d’argent, et de moins en moins de temps.

Le terme concierge se réfère au « comte des cierges » français, le nom donné aux serviteurs qui, au Moyen Âge, étaient chargés de s’occuper des invités et de veiller à ce que des bougies soient installées et allumées dans toutes les pièces. Aujourd’hui, il existe des services de conciergerie sous de nombreuses formes: de géants mondiaux aux noms ronflants comme Quintessentially ou Knightsbridge Circle, en passant par de petits acteurs locaux servant une multitude de clients. Avec ses 3.000 clients, l’entreprise de Polgar compte parmi les plus importantes dans notre pays.

Stars du football

« Cela fait des années que nous proposons des majordomes traditionnels résidents », explique Polgar. « Mais depuis deux ans, nous proposons aussi une version plus moderne de ce service: les life style managers. Ils aident nos clients – à distance – à régler leurs petits soucis et répondent à leurs désirs quotidiens. Le public cible est très varié, allant de managers et CEO à des titulaires de professions libérales et des stars du football. »

Par une belle journée d’automne, Polgar – habillé d’un costume trois-pièces – nous donne quelques exemples de souhaits. Il peut s’agir d’entretenir la maison et de s’assurer que le frigo soit rempli de produits frais – même si personne n’occupe la maison pendant des semaines – ou d’acheter des billets de dernière minute pour des événements exclusifs, de faire venir des chefs étoilés dans la maison ou d’organiser des voyages entièrement personnalisés. Ses clients paient une cotisation de 1.200 euros par an et s’acquittent des frais et des heures prestées par les life style managers. Ils communiquent leurs désirs via un tableau de bord en ligne.

Le programme de la journée comprend le déménagement d’un homme d’affaires américain. Il en a assez du climat des affaires en Belgique et part en Italie. Une équipe de déménageurs italiens doit venir vider l’appartement situé le long des quais à Anvers – meubles massifs, grands lustres, tapis en peau de vache. Mais à l’heure du rendez-vous, il n’y a personne.

Un sac-poubelle d’anciens vêtements

Pour tuer le temps, Polgar emballe quelques œuvres d’art d’un autre client dans des boîtes en carton et des rouleaux de plastibulles qui se trouvent dans son coffre. « Nos clients font souvent circuler leurs œuvres d’art d’une maison à l’autre », explique-t-il tout en emballant un vase turquoise qui témoigne d’un goût insolite. « Mais à cause de la crise du coronavirus, les listes d’attente des entreprises spécialisées en transport d’œuvres d’art sont longues. C’est pourquoi nous essayons de nous en occuper nous-mêmes. » Un peu plus tard, il sort un sac-poubelle noir du siège arrière: des anciens vêtements d’un client. « Chaque saison, sa garde-robe est entièrement renouvelée et c’est à nous de nous occuper de ses vieux vêtements.

 

Même s’il est le patron de son entreprise, Polgar met souvent la main à la pâte. Une question de principe, explique-t-il, en racontant qu’il travaille sept jours sur sept et ne prend pratiquement jamais de vacances, et certainement pas en été, étant donné qu’il part en voyage avec ses clients. « Je veux donner le bon exemple. Pour ce travail, il faut être passionné. D’ailleurs, je ne le considère pas comme un travail, mais comme une vocation. »

Avant de changer de vie, ce gestionnaire de crise de 45 ans travaillait dans le secteur bancaire, mais après une année sabbatique, il a décidé de tout vendre. « J’ai suivi une formation de majordome au British Butler Institute, et j’ai lancé cette entreprise avec mes propres capitaux. Ce secteur a encore quelque chose d’authentique. Je le considère comme une opportunité de laisser quelque chose derrière moi. »

Je possède un carnet entier de coordonnées d’escort girls, mais mes clients doivent appeler eux-mêmes.»KRISTIAAN POLGAR, FONDATEUR ET PATRON VIP & BUTLER SERVICES GROUP

KRISTIAAN POLGAR, FONDATEUR ET PATRON VIP & BUTLER SERVICES GROUP

Entre-temps, il est presque 10 heures et les déménageurs italiens n’ont toujours pas montré le bout de leur nez. Polgar laisse Emmanuel, son Operations Manager, dans l’appartement – « Vérifie bien que les cornes en ivoire soient bien emballées, car elles sont fragiles » – et se rend à l’aéroport de Deurne pour un autre rendez-vous. Dans la voiture, il appelle un autre client qui est en voyage à Ibiza. Sa femme souhaite rester une semaine de plus, et il a donc besoin d’un deuxième jet privé. »

Y a-t-il des choses qu’il n’arrive pas à régler? « Un de mes clients russes voulait atterrir avec son hélicoptère sur la Grand-Place de Bruges. Ce n’était pas possible, parce que nous devions rester dans les limites du légal. La prostitution est aussi difficile. Je possède un carnet entier de coordonnées d’escort girls, mais mes clients doivent appeler eux-mêmes. Et il n’est pas question de me mêler de drogues, nous ne pouvons même pas donner un Dafalgan à nos clients. »

«Hélas, il n’existe que peu d’hôtels en Wallonie suffisamment luxueux pour nos clients.» KRISTIAAN POLGAR, FONDATEUR ET PATRON DE VIP & BUTLER SERVICES GROUP

Vu que sa centaine de collaborateurs ne peuvent tout résoudre, Polgar travaille avec près de 200 partenaires. L’un d’entre eux est Kiarash Nabavieh, le patron de Flyetic, une entreprise qui souhaite rendre les vols privés durables. À l’aéroport de Deurne, les deux partenaires discutent de la situation du secteur après la crise du coronavirus. Vu que certains clients refusent de prendre les vols commerciaux, la demande de jets privés a bondi. Non seulement les prix ont augmenté de 30% en un an, mais les vols sont réservés en un clin d’œil et il n’est plus possible d’être flexible avec les heures de départ, ce que les personnes qui déboursent 20.000 euros pour un vol ne comprennent pas toujours.

Marques de luxe

Polgar a dû, un jour, sortir 4.000 euros de sa poche parce que le prix d’un vol avait beaucoup augmenté entre le moment de l’offre et l’approbation par le client. Il a décidé de prendre ces frais à sa charge, en espérant les récupérer à terme. « Il s’agissait d’un patron d’entreprise en train de tester nos services. S’il est satisfait, il compte proposer nos services de life style en tant qu’avantage extralégal à tous les membres de son conseil d’administration. De plus en plus d’entreprises proposent des services de conciergerie dans leur package salarial. » (…) Lire la suite sur L’Echo

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