Frédéric Le Gallois @ credit linkedin

En attendant l’arrivée de mon invité du jour, je relis mes notes et me rappelle les éléments notés par une ancienne collaboratrice qui eut le bonheur de le recevoir (… en 2008) avant de le recommander pour une grande Maison parisienne.  « Élégant, sérieux, travailleur » sont les qualificatifs qui résumaient, alors, le candidat devenu depuis, une personnalité de l’hôtellerie de prestige.

12h30. Il arrive. Ponctuel comme à son habitude.  Coureur confirmé, ce normand fils de restaurateur a grandi sur les plages du débarquement, partageant une grande partie de ses temps libres entre « Omaha Beach » et la brasserie familiale.

Depuis son entrée dans la vie professionnelle été 1998, les quelques moments de calme qui ponctuent sa vie, il les passe à jouer de la musique et lire ou plutôt à dévorer la littérature française ou anglaise ! La littérature, voilà bien son autre passion ! Heureux hasard ou sérendipité, le voilà désormais à la tête d’un établissement au coeur du Saint-Germain-des-Près littéraire. À deux pas des Editions Gallimard ! Dans l’effervescence du Paris de l’après-guerre, le bar du Pont Royal fut fréquenté par  Roger Nimiez, Jacques Laurent, Antoine Blondin, Romain Gary, Alphone Boudard, Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir ….

Je l’accueille. C’est la deuxième fois que nous nous voyons en un mois pour préparer notre entretien alors même que nous ne nous étions plus croisés…. depuis 15 ans !

Spontanément, tout en me saluant, il me glisse : « la vue est incroyable. »

Le retour d’expatriation est souvent un « booster d’émotions » dès que l’on foule le sol français !

Je regarde à mon tour le panorama. C’est vrai, la vue est vraiment à couper le souffle.

Bien connu de ses pairs hôteliers depuis des débuts remarqués au Grand Hôtel Intercontinental Paris, Frédéric a toujours cette allure d’éternel jeune homme. Acharné du travail, le sport lui a permis de maintenir une hygiène de vie compatible avec un travail intense physiquement et nerveusement.

Dernier Directeur de l’hôtel 5*« Madame Rêve » (Groupe Laurent Taieb), le voilà aujourd’hui à la tête du merveilleux hôtel Pont Royal 5*.

La carrière de Frédéric s’est construite dans l’effort, le sérieux et…la discrétion.

Homme plein de pudeur, il intériorise ! Avec lui, les silences parlent. Ni taiseux, ni volubile, je prends le parti, aujourd’hui, de l’amener à confesse !

La Cuisine pour passion !

À son entrée à l’école hôtelière, la restauration pour Frédéric ne s’appréhendait qu’au travers le métier de cuisinier et, si possible, étoilé !

Ses parents lui auraient préféré une autre carrière comme celle de dentiste, métier auquel il songeait encore au collège….  À défaut d’arracher les dents, il choisira un métier de sourire !

Ainsi, passion rimant avec obstination, baccalauréat S en poche, rien n’y personne ne le feront changer d’avis. S’imaginant porter fièrement toque, veste, tour de cour et tablier, il s’inscrivit « fissa » au Lycée hôtelier Notre-Dame de Nazareth près de Caen et intégrera la fameuse classe de Mise à Niveau (cette fameuse classe vécue pour nombre de jeunes bacheliers comme un repoussoir à l’entrée en BTS Hôtellerie Restauration et qu’il faudrait songer à réformer !  Souvent vécue comme « une perte de temps « à vider les poulets  et à les faire chanter ! »  dixit une ancienne collaboratrice passée par la « MAN » du Lycée hôtelier de Nice)

Son premier stage en cuisine, il l’effectuera dans un restaurant gastronomique à Port-en-Bessin, dans sa région natale. Premiers contacts avec la cuisine gastronomique, premières joies. L’envie se confirme !

Son deuxième stage s’avérera déterminant puisqu’il l’introduira dans le monde de l’hôtellerie de luxe. C’est Bernd SCHUTZ, Directeur du Grand Hôtel de 1991 à 2000, qui lui ouvrira les portes du Grand Hôtel dans le cadre de son stage.

Durant notre entretien, il évoque avec pudeur et sincérité les paroles déterminantes de  Cyril Lardennois, alors assistant Directeur Ressources Humaines au Grand Hotel Intercontinental Paris (Cyril deviendra, quelques temps plus tard, Directeur des Ressources Humaines de Lenôtre) qui, plein de délicatesse et de bienveillance à l’égard des stagiaires en général, lui dira à la fin de son stage  «  Rappelez-nous après l’obtention de votre BTS ! ».

C’est ainsi qu’une fois diplômé  Frédéric prit contact avec Cyril Lardennois qui, fidèle à son engagement  passé, lui proposa un poste (son premier !) au Grand Hôtel Intercontinental !

Le Grand Hôtel Intercontinental, premiers pas en management

Il démarrera non pas en cuisine mais en salle, au Café de la Paix du Grand Hôtel avant de découvrir le service « Stewarding », passage obligé alors pour envisager une carrière de Directeur de la Restauration !

C’est là qu’il va apprendre les grands principes de management, supervisant les  « invisibles » chers à David Zweig ; sous l’égide de l’emblématique Chef Steward Rachid Boulksibat, il va apprendre patiemment tous les rudiments du « management de terrain », l’importance du respect et de la considération, en un mot : l’empathie ! S’intéresser aux autres !

 «L’empathie ne suit pas un script. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de le pratiquer. Il s’agit simplement d’écouter, de respecter l’espace, de retenir le jugement, de se connecter émotionnellement et de communiquer ce message incroyablement curatif qui est «Vous n’êtes pas seul» »- Brene Brown

« Rachid est un personnage incontournable de ma carrière » ajoute Frédéric.

 

De Paris, à Londres en passant par Cannes : des rencontres déterminantes
Amandine Duverneuil @ credit linkedin
Marc Duverneuil @ credit linkedin

C’est également au Grand Hotel Intercontinental Paris qu’il rencontrera Marc et Amandine Duverneuil comptant depuis, parmi ses meilleurs amis. Marc deviendra Directeur Restauration du Grand Hotel Paris puis du Westin avant de s’expatrier à Genève (Directeur Restauration Kempinski Genève) puis en Jordanie. Amandine, après son passage au stewarding, sera nommée Responsable Formation du Grand Hotel Paris avant de rejoindre Kempinski au Grand Hotel de Genève (désormais Fairmont) en qualité de Directrice Formation et Qualité. Le couple est  désormais propriétaire de l’hôtel Le Richelieu à Royan.

Benoît Laval @ credit linkedion

En 2001, apprécié par son équipe et les dirigeants de l’établissement, Frédéric se retrouve transféré au Carlton Intercontinental de Cannes où il rencontrera un jeune Assistant Food & Beverage de grande qualité, Benoît Laval.  Benoît  vient du groupe Fauchon Paris et sera par la suite Directeur des Opérations du W Paris avant de prendre le poste de Directeur adjoint de la Réserve Genève aux côtés de Vincent Tissier autre figure bien connue de l’hôtellerie parisienne des années 2000. Désormais, Benoît comme Vincent ont quitté l’hôtellerie pour le « retail » de luxe : Hermès Moscou pour Vincent et Piaget Genève pour Benoît.

« Benoît m’a amené un regard extérieur, de nouveaux process, une vraie créativité ! »

En 2008, l’aventure Meurice !

Après Intercontinental, Frédéric rejoint le  Four Seasons George V au poste d’Assistant Directeur Room Service puis Assistant Directeur des Banquets. Il y restera 2 ans et demi.

 

Au Royal Mansour

En 2008, nouveau challenge : il rejoint l’hôtel Le Meurice en qualité d’Assistant F&B puis s’expatrie, près de 3 années, à Marrakech en qualité de Directeur de la Restauration au Royal Mansour. En 2013, le voilà de retour à Paris au Bristol Paris, en qualité de Directeur de la Restauration en charge des Ventes Banquets pour cette  propriété phare du Groupe Oekter. Fin 2015, mandaté par le groupe, il part  préparer  l’ouverture d’une nouvelle propriété au Brésil, le Palacio Tangara.

Cependant, une proposition qu’il ne pouvait refuser se fait jour du côté de Londres  :  en novembre 2016, le voilà nommé Hotel Manager du Connaught Hotel  (… et de son  célèbre « Connaught bar » !)

2 années d’expériences enrichissantes avant de rejoindre le Hyatt Regency London et le plus anglais des directeurs français du Londres international, le talentueux

Arnaud de Saint-Exupéry @ credit linkedin

Arnaud de Saint-Exupéry !

Un retour en France sous le signe de l’introspection

En juin 2021, Frédéric décide de revenir en France et accepte une formidable  mission : ouvrir un tout nouvel hôtel 5*,  Madame Rêve. Sa mission accomplie, il décide alors de prendre  du recul ; notre échange ne fait que confirmer un ressenti partagé par de nombreux cadres dirigeants hôteliers : attelé à la tâche depuis 25 ans, éperdument passionné par son Métier, la gestion de la pandémie humainement difficile au Royaume-Uni (sans le matelas du « quoi qu’il en coûte ») et surtout les nouvelles contraintes liées au métier d’hôtelier, l’ont conduit à une profonde réflexion quant  à l’essence même de la fonction de Directeur Général.

« En moi, la passion est intacte, toujours aussi intense. Mais le métier a profondément changé ! Le métier d’hôtelier semble avoir perdu dans bon nombre d‘établissements, sa singularité : désormais, les réunions avec « le board », le siège, le propriétaire, tout cela accapare le General Manager et l’éloigne de sa fonction première, à savoir s’occuper des ses clients et de ses équipes, sans qui rien n’est possible » nous explique Frédéric.

Il est vrai que, dans un contexte économiquement tendu où le quotidien prévaut et la survie se joue, il est difficile de demander à un propriétaire de provisionner tel ou tel investissement pourtant essentiel à la pérennité de l’établissement !

« Le client semble s’effacer devant la réalité économique et financière. Cette déconnexion du terrain, je l’ai vécue. Être présent de 7h à 23 heures pour le bien-être du client n’a jamais été un problème. Mais aucun Directeur Général ne peut créer un marché qui n’existe pas ! » ajoute Frédéric.

Ces vingt dernières années, nombre de mes amis hôteliers décrivent la même situation : beaucoup d’investisseurs se sont réorientés dans l’hôtellerie pensant financer l’actif par l’exploitation. Les endettements fondés sur des éléments financiers plus qu’optimistes ont souvent obéré, par la suite, l’exploitation hôtelière et par là-même la situation du Directeur et de son équipe. Cependant, il faut s’en réjouir, beaucoup de groupes de petites tailles assis sur des fortunes acquises en dehors du secteur, appliquent des principes de bonne gestion et développent principalement par acquisition, leurs groupes.

 

La sincérité et l’honnêteté en filigrane

Au fil de nos échanges, je découvre une personnalité franche, n’aimant pas la flagornerie, loyal et fidèle ! Le mensonge n’étant pas, chez  Frédéric, une donnée génétique, il est avare de flatteries ou de compliments. Peu disert, avec lui, les mots ont un sens, les gestes un écho.

C’est un Directeur Général pour qui la valeur Travail (i.e. l’effort) est centrale dans l’élévation d’un individu !

Une carrière faite de rencontres, une « vie riche des autres »

Je dis que la rencontre est une fin. Je dis que l’intersection d’une vie et d’une autre, à la seconde même qui la réalise, est le point de la plus haute intelligence, de la plus grande connivence. Yann Apperry 

Des rencontres déterminantes @ credit linkedin
Leah Marshall

À la fameuse question « quels sont les personnalités du secteur qui vous ont inspiré ? », Frédéric répond : « Il est difficile de faire une sélection car j’ai eu la chance de croiser tant de passionnés, de professionnels, de personnalités. Leah Marshall, Directrice de l’hôtel Bristol, pour son approche client, sa sincère humanité et bienveillance et sa capacité à détecter les talents. Je citerai également Jean-Pierre Chaumard que j’ai eu la chance de croiser au Royal Mansour de Marrakech de 2010 à 2013. C’était un GM « à l’ancienne »  qui possédait une qualité rare : il se mettait en permanence à la place du client. Enfin, j’ajouterai Arnaud de Saint-Exupéry : à la tête du Hyatt Regency à Londres, ce bourreau de travail est un modèle d’abnégation, de professionnalisme et d’altruisme ! Je pourrais ajouter Frank Holtmann, Bruno Bernal, Yannick Alléno, Eric Fréchon, le regretté Laurent Jeannin décédé en 2017, Romain Meiran, ou encore Hélène Darroze, mais aussi les personnes  avec qui j’ai eu la chance de collaborer comme Damien Largeau, Aline Avril, Jannes Soerensen, Marie Le Vavasseur, Jean-Pierre Soutric, Roberto Amodei, Konstantinos Karampelias, Dawn Turner, Jérôme Legendre, Jean-Marie Trancher, Christophe Bataillard, Pierre Maître, Sébastien Gillard, Timothée Châtelet, Babacar Diouf, Jonathan Ledoux, Jérôme Videau (et j’en oublie).

Toutes ces personnes sans exception m’ont apporté quelque chose et m’ont permis de grandir. »

Tout au long de ces vingt dernières années, Frédéric s’est construit une carrière à force de patience, de sérieux et de travail.
Vingt années à croiser toutes ces personnalités, riches de diversité et d’expertise.
Le voilà désormais à la tête du Pont Royal 5*, un choix assurément gagnant pour son propriétaire.
Alors à très vite Frédéric, dans ton nouvel écrin et encore merci pour le temps que tu as bien voulu consacrer à La Tribune de l’Hôtellerie.

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