L’investisseur chinois voulait en faire un hôtel de luxe: le domaine Sadi-Carnot à l’abandon depuis trois ans

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Les années passent et, avec elles, les pluies, le froid, le vent qui, peu à peu, grignotent les bâtiments du domaine Sadi-Carnot à Écuelles, commune de Moret-Loing-et-Orvanne (Seine-et-Marne). Qui sauvera ce domaine de 80 ha et son manoir à l’abandon, paradis de verdure bordé d’un grand étang ?

Le rachat du site pour 1,3 million d’euros, il y a cinq ans, par Honglin Cong, président chinois de la société New Silk Road Company, basée à Dubaï (Émirats arabes unis), avait donné l’espoir d’un avenir à ces lieux qui avaient fini par tomber dans l’escarcelle de la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer), chargée du développement durable des territoires ruraux.

Des dizaines de milliers d’euros n’ont pas été versés

Ce ne fut qu’un feu de paille. Après avoir rénové la maison de gardien et la grange, le sauveur miraculeux s’est volatilisé sans payer les dizaines de milliers d’euros qu’il devait aux entreprises locales. Obligeant donc la Safer à tenter une fois encore de trouver une solution, via un rachat, pour sauver cet endroit ballotté entre mille projets qui n’ont jamais vu le jour.

En 1998, EDF vend les lieux au District de la région de Moret-sur-Loing (devenu en 2002 la communauté de communes de Moret Seine et Loing). À l’époque, son président, Patrick Septiers (UDF à l’époque, aujourd’hui UDI), annonce un lieu d’accueil pour les écoles du secteur, des sentiers pour le grand public et la mise en place d’une succession de chantiers de rénovation des ouvrages hydrauliques. Rappelant ainsi qu’autrefois, il y avait à cet endroit une entreprise de tannage de peaux et un élevage d’anguilles. Si la Maison de l’Environnement a vu le jour, les autres travaux, estimés entre 7 et 10 millions d’euros, ont sonné le glas des volontés intercommunales. La rumeur a ensuite voulu qu’un grand producteur y installe des studios d’enregistrement haut de gamme pour les musiciens.

Des maisons sur pilotis et un spa étaient envisagés

C’est la New Silk Road Company Limited qui a finalement été disposée à investir 20 millions d’euros, pour convertir le manoir en hôtel de luxe et l’ancienne Maison de l’Environnement en restaurant écologique. Des maisons en bois sur pilotis ou dans les arbres, avec une nuit à un prix plus abordable, devaient être construites dans la propriété. Un spa face à l’étang était également envisagé. Enfin, un chemin de randonnée devait être créé pour permettre à tous de traverser ces lieux magiques.

Mais tout s’est arrêté il y a trois ans, en pleine réfection du toit du manoir, désormais bien mal protégé des intempéries par des bâches. La Safer veut croire malgré tout en la bonne foi du président de la New Silk Road Company. « Il a sous-estimé la législation française en matière d’impact environnemental et hydrologique, avance Jean-Baptiste Schweiger, le directeur du foncier de la Safer IDF. Il y a aussi eu des difficultés diplomatiques pour sortir de l’argent de Chine. » La nouvelle réglementation chinoise, qui freine les investissements chinois à l’étranger, aurait stoppé net le projet.

Pour autant, la Safer fait de l’achèvement de la couverture du toit un préalable au rachat. « Le domaine se dégrade, donc on veut aller vite. Il faut en sortir avant que cela devienne catastrophique, glisse le directeur du foncier de la Safer IDF. Nous avons fait une visite sur place pour estimer les dégâts. Ça ne fait plaisir à personne de voir ce lieu dans cet état ».

Il faut aussi mener l’enquête pour savoir qui doit quoi à qui, alors qu’il est difficile de contacter les actuels propriétaires, qui se partagent entre la Chine et Dubaï. « Il y a pas mal d’intermédiaires », regrette Jean-Baptiste Schweiger. Et une simple boîte à lettres, rue Saint-Honoré à Paris, en guise de siège pour la filiale française. Hugues Rondeau, ancien maire (UDI) de Bussy-Saint-Georges, servait d’intermédiaire auprès des investisseurs chinois. Il n’a pas répondu à nos sollicitations.

«Un crève-cœur de voir ce lieu pourrir» (…) Lire la suite sur Le Parisien (abonné)