Son Altesse l’Emir–Père, Cheikh Hamad bin Khalifa Al–Thani, s’est éteint aujourd’hui.
Le Président de la République présente à Son Altesse Cheikh Tamim bin Hamad Al–Thani, Emir de l’Etat du Qatar, à sa famille, aux autorités qatariennes ainsi qu’à l’ensemble du peuple qatarien ses condoléances les plus attristées et l’assurance de son amitié et de celle du peuple français.
Pendant son règne, de 1995 à 2013, Cheikh Hamad, homme d’une vision au service des aspirations de son peuple, a été l’artisan inlassable de la modernisation historique du Qatar dans tous les domaines. Déterminé à faire rayonner son pays, il a su bâtir une diplomatie novatrice et efficace, faisant de l’Etat du Qatar un acteur reconnu et respecté des relations internationales. Tout au long de son règne, Cheikh Hamad s’est attaché à construire une relation forte et confiante avec la France, au service d’une vision partagée des grands enjeux régionaux et internationaux.
Dans les moments difficiles qu’il traverse aujourd’hui, la France renouvelle au Qatar son soutien et sa solidarité. Fidèle à l’héritage de Cheikh Hamad, le Président de la République réaffirme à Cheikh Tamim sa détermination à œuvrer avec lui à l’approfondissement continu du partenariat stratégique qui unit la France et le Qatar, dans l’intérêt des deux pays comme de la stabilité régionale et internationale.
Fondateur de la Qatar Investment Authority (QIA), le Sheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani est l’artisan d’une stratégie où le sport, l’hôtellerie de luxe, l’immobilier et l’investissement institutionnel sont devenus des instruments de rayonnement international pour l’émirat.
Une transformation portée par la Qatar Investment Authority
Lorsque le Sheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani prend le pouvoir en 1995, le Qatar est un État riche en hydrocarbures mais discret sur la scène internationale. Dix-huit ans plus tard, lorsqu’il transmet le pouvoir à son fils, l’émirat s’est imposé comme un investisseur institutionnel majeur et une référence en matière de tourisme et d’investissements stratégiques.
Cette transformation s’appuie sur l’exploitation du gaz naturel liquéfié, mais aussi sur une conviction forte : la richesse énergétique doit se traduire par une influence durable. C’est dans cette logique qu’il crée la Qatar Investment Authority, aujourd’hui l’un des fonds souverains les plus puissants au monde.
Katara Hospitality, un patrimoine hôtelier mondial
Katara Hospitality, filiale de la QIA, s’est constitué au fil des années un portefeuille d’adresses historiques, dont le Royal Monceau à Paris et le Carlton à Cannes, aujourd’hui exploité sous l’enseigne Regent Hotels & Resorts avec IHG. Ce portefeuille dépasse largement la France, avec des établissements emblématiques comme le Plaza à New York, le Savoy à Londres ou l’Excelsior à Rome, aux côtés de développements en propre à Doha, où le groupe a livré les Katara Towers, abritant un Fairmont et un Raffles.
Une participation stratégique au capital d’Accor
La stratégie qatarie ne se limite pas à la possession directe d’hôtels. À la faveur du rachat de FRHI Hotels & Resorts ( Fairmont, Raffles et Swissôtel ) par Accor en 2016, Qatar Holding, filiale de la QIA, est devenu l’un des principaux actionnaires du groupe français. Le fonds souverain détient aujourd’hui encore environ 6,6 % du capital d’Accor et reste représenté au conseil d’administration. Ce positionnement traduit une approche intégrée de l’hospitalité : au-delà des murs, le Qatar investit aussi dans les opérateurs qui définissent les standards de service et les réseaux commerciaux du secteur.
Maybourne, le joyau du family office familial
Distinct du fonds souverain, un family office contrôlé par Sheikh Hamad et son cousin le Sheikh Hamad ben Jassim ben Jaber Al-Thani a investi directement dans l’hôtellerie via un family office, Constellation Hotels Holding. Ce véhicule a acquis l’InterContinental Paris Le Grand, le Martinez à Cannes et le Palais de la Méditerranée à Nice, avant de réaliser en 2015 son opération la plus emblématique : le rachat du groupe Maybourne, propriétaire du Claridge’s, du Connaught et du Berkeley à Londres, rejoints depuis par l’Emory, le Maybourne Beverly Hills et le Maybourne Riviera sur la Côte d’Azur.
Cette croissance devrait se poursuivre au-delà de la disparition de son artisan. Maybourne prépare pour 2027 l’ouverture du Maybourne Saint-Germain, un hôtel de style palace de 101 clés accompagné de 23 résidences de marque, dans l’îlot Saint-Germain à Paris. Ce sera la première adresse parisienne du groupe.
Un héritage encore disputé
Le rachat de Maybourne en 2015 a ouvert un contentieux durable avec son ancien partenaire, le promoteur irlandais Paddy McKillen, propriétaire de Villa La Coste, qui estimait disposer de droits sur la création de valeur future du groupe. En 2025, un tribunal arbitral londonien lui a accordé une indemnisation estimée entre 700 et 800 millions de livres sterling, sur la base d’une valorisation du groupe comprise entre 4 et 4,25 milliards de livres. Le litige n’est pas clos pour autant : plusieurs procédures se poursuivent aujourd’hui devant des juridictions britanniques, françaises et américaines.
Le sport comme prolongement de la même stratégie
L’acquisition du Paris Saint-Germain en 2011 par Qatar Sports Investments (QSI) s’inscrira dans la même logique que les investissements hôteliers. Sous le règne de Sheikh Hamad, le Qatar a construit une stratégie reposant sur plusieurs piliers complémentaires : les médias avec Al Jazeera, les investissements internationaux via la QIA, le sport avec QSI et l’organisation de la Coupe du monde 2022, et l’hospitalité à travers Katara Hospitality, Maybourne et les participations dans les grands opérateurs internationaux.
La disparition de Sheikh Hamad bin Khalifa Al-Thani marque ainsi la fin d’une génération de dirigeants qui aura durablement façonné le paysage hôtelier de luxe international, de Paris à Doha en passant par Londres et la Côte d’Azur.












