La dernière vague de classements « Palace » a laissé, dans une partie du microcosme de l’hôtellerie française, un arrière-goût de mélancolie. Comme si l’on avait, dans une salle des fêtes trop éclairée, distribué des titres de noblesse à des parvenus élégants, tandis que de vieux aristocrates, fatigués par tant de vaines querelles, préféraient se retirer dans l’ombre de leurs cours d’honneur.
L’établissement parisien dont le nom est devenu antonomase du luxe hôtelier, « palacitude« , celui dont la seule évocation fait office de sésame universel, ignore le label depuis (selon la rumeur) un contentieux né de sa seule et unique candidature. Sur la Riviera, un autre hôtel emblématique, bercé par le chant des cigales et le clapotis des yachts, s’est vu dernièrement refuser le renouvellement de son brevet d’excellence. À l’inverse, des demeures peu ancrées dans notre mémoire collective, nées il y a peu et parfois ouvertes à la clientèle au gré des saisons ou d’une intimité calculée, ont vu apposer sur leur fronton le sceau tant convoité.
Afin d’éteindre toute polémique, posons-nous TROIS questions : quelle est la démarche et quels sont les critères pour obtenir le label Palace, et ENFIN, qui compose la commission Palace ?
Un peu d’histoire
La distinction Palace récompense les hôtels classés 5 étoiles présentant des caractéristiques exceptionnelles et contribue au rayonnement de l’hôtellerie française de très haut niveau.
La distinction, créée en 2010, est délivrée pour une durée de 3 ans sur avis conforme de la commission spécialisée.
Pour mémoire, la réforme du 2 février 2024 – effective depuis le 1er octobre – a introduit plusieurs changements : une durée d’attribution réduite de cinq à trois ans, un renforcement des critères 5* (surface minimale de 26 m², spa, voiturier, proportion de suites, etc.) et une nouvelle composition de la commission d’attribution (lire plus bas).
Une candidature transparente
La procédure officielle se déroule en quatre étapes principales :
- Dépôt du dossier de candidature
- L’établissement candidate via le portail dédié d’Atout France (site palace.atout‑france.fr).
- Il complète un dossier détaillé avec un book de présentation illustrant les éléments d’exception.
2. Instruction par Atout France
- Atout France vérifie que l’établissement satisfait les critères d’éligibilité objectifs (voir ci‑dessous).
- Si l’éligibilité est confirmée, le dossier passe à l’examen par la commission d’attribution
3. Visites et auditions
- Deux membres de la commission visitent l’établissement pour évaluer sur place les critères qualitatifs.
-
L’établissement est ensuite auditionné devant la commission (présentation de 30 minutes maximum).
4. Décision finale
- Après audition et vote, la commission rend un avis.
- Sur avis conforme, la ministre chargée du tourisme attribue officiellement la distinction Palace.
Une commission d’attribution savamment composée et équilibrée
La commission d’attribution de la distinction Palace est nommée par la Ministre chargée du tourisme. Elle est constituée de personnalités qualifiées reconnues dans leurs domaines (lire encadré*).
(*) Composition récente (arrêté publié décembre 2023)
- Pierre Ferchaud – personnalité qualifiée en hôtellerie très haut de gamme (ancien DG Hôtel de Paris Saint‑Tropez, Hôtel Le Bristol). – Président
- Marie‑Anne Ginoux – vice‑présidente
- Jean‑François Girardin – vice‑président
Autres membres qualifiés :
Représentant les guides et médias du tourisme très haut de gamme :
- Céline Baussay, journaliste et rédactrice en chef spécialisée
- Dominique Busso, fondateur de médias influents
Représentants des réseaux d’opérateurs de voyage et plateformes haut de gamme :
- Rouslan Lartisien
- Quentin Desurmont
Représentant des services haut de gamme aux clientèles très haut de gamme :
Hervé Gastinel, président‑directeur général de la Compagnie du Ponant
La commission peut également associer d’autres experts selon les besoins pour garantir une évaluation équilibrée et experte des candidatures.
Des critères d’éligibilité transparents
(Pour consulter la liste, cliquez ☞ Critères renforcés distinction Palace (2))
✨ Critères d’éligibilité incontournables
Avant d’être examinée par la commission, l’établissement doit obligatoirement répondre à ces conditions cumulatives :
-
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Être classé 5 étoiles.
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Avoir commencé son activité depuis au moins 24 mois (ou 12 mois après une réfection totale ayant interrompu l’activité).
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Disposer de chambres d’au moins 26 m² (sanitaires inclus).
-
Remplir l’ensemble des critères renforcés de la grille de classement 5 étoiles (des critères optionnels deviennent obligatoires).
-
✨ Critères d’appréciation (qualitatifs)
Une fois éligible, l’établissement est évalué selon 12 critères d’appréciation qui composent un faisceau d’indices révélant son caractère exceptionnel :
Parmi ces critères d’appréciation figurent notamment :
- Indicateurs économiques (performance commerciale, ratio personnel/taux d’occupation).
- Localisation exceptionnelle (site, environnement architectural ou naturel).
- Architecture, esthétique et qualité des espaces (bâtiment remarquable, décoration, œuvres d’art).
- Capacité et présence importante de suites.
- Service haut de gamme et personnalisation du service (conciergerie, service en chambre, restauration d’étage).
- Excellence de la restauration et bar.
- Implication des équipes dans la recherche d’excellence (formation, plans d’intéressement).
- Démarche responsable et durable (sociétale et environnementale).
- Recours à la digitalisation et nouvelles technologies.
Ces critères ne sont pas isolés : ils se complètent pour attester du caractère unique et exceptionnel de l’hôtel.
Alors, pourquoi certains observateurs remettent en cause le label pourtant parfaitement transparent et collant à la réalité technique de la chose hôtelière ?
Certains établissements prestigieux et indépendants ont fait le choix de ne pas candidater. Un signe fort : pour eux, la reconnaissance des pairs et la fidélité de la clientèle valent davantage qu’un label devenu instable. Mais est-ce bien raisonnable ?
Au-delà de la rancoeur compréhensible de quelques acteurs déchus, beaucoup de professionnels se posent un certain nombre de questions dont on peut juger ci-après de la pertinence :
« Comment un hôtel saisonnier peut-il prétendre à la même reconnaissance qu’un établissement iconique ouvert toute l’année, disposant de 400 collaborateurs permanents, devant jongler entre ses contraintes réglementaires -notamment sociales- et ses pics d’activité pour assoir son équilibre économique ? »
« Peut-on parler de Palace pour un établissement de moins de 40 chambres ? »
« Peut-on sous-traiter une partie de ses services et être considéré Palace»
« Le Palace ne devrait-il pas être moteur de l’excellence sociale également par une politique RH ambitieuse et innovante ?»
Cependant, le débat dépasse le simple aspect technique. Au-delà des mètres carrés ou des services annexes, la distinction Palace repose, pour beaucoup, sur une notion intangible : l’âme du lieu. Ce supplément d’histoire, de service et d’émotion qui fait d’un hôtel une institution. Or, en multipliant les critères normatifs sans hiérarchisation, la réforme semble avoir dilué cette essence.
« Le Palace, c’est avant tout une permanence du service et un modèle social exigeant, pas seulement une signature architecturale. »
Replacer le Palace dans sa vocation première
À nos yeux, ce label est un pilier essentiel de l’hôtellerie de prestige nationale. Cependant, pour que cette distinction assoit sa légitimité nationale mais surtout internationale et sa prévalence au milieu de la myriade prix et récompenses internationales qui inondent en permanence notre secteur (ce qui nous vaut de nombreux clins d’oeil moqueurs, lire encadré*), plusieurs pistes sont avancées par des professionnels.
(*)Une inflation des prix raillée par certains
‘L’hôtellerie semble avoir inventé un modèle unique : un secteur où l’offre de trophées dépasse parfois le nombre de lauréats.’
‘Dans l’hôtellerie, le vrai luxe n’est plus d’être récompensé… mais de savoir par quel prix commencer.’
‘L’hôtellerie est le seul secteur capable de remettre un prix… avant même d’avoir trouvé son lauréat.
Réaffirmer les fondamentaux
D’abord, réaffirmer les fondamentaux : pour beaucoup, la capacité minimale devrait être fixée à 50 chambres afin d’assurer la permanence du service et la cohérence économique du modèle. Pour certains observateurs, les établissements saisonniers, par nature intermittents, ne peuvent prétendre à l’excellence continue que suppose un Palace.
Ensuite, il faut pondérer les critères d’appréciation. Les douze critères actuels, considérés à poids égal, brouillent l’échelle de valeur. Une pondération sur 120 points permettrait de hiérarchiser l’essentiel : la qualité du service, la restauration, l’histoire et la personnalité de l’établissement. Les éléments accessoires, tels que la digitalisation, doivent demeurer complémentaires.
Une dimension sociale à valoriser
De même, la distinction doit reconnaître le modèle social comme un marqueur d’excellence. La France se distingue par sa culture du service incarné : des salaires supérieurs aux minima conventionnels, des services opérationnels salariés, des plans de formation orientés vers l’excellence opérationnelle et le développement des compétences, une politique d’intéressement du personnel innovante… Ces engagements doivent compter tout autant que la présence d’un spa ou d’un service voiturier.
Marque et Communication
Enfin, il convient de plus et mieux communiquer sur la gouvernance et ses décisions. La commission d’attribution devrait rendre publics ses rapports d’évaluation, gage de transparence et de crédibilité. De plus une véritable communication institutionnelle devrait accompagner la délivrance du label. Dernière suggestion, ne serait-il pas pertinent de déposer une véritable marque du type « Palace français » pour distinguer ce mot générique qu’est « Palace » (souvent improprié et dévoyé dans la presse généraliste) du label institutionnel ?
Encourager la dimension patrimoniale en échange d’avantages fiscaux
La distinction Palace ne devrait pas se résumer à un label d’État administratif, mais devenir un véritable label patrimonial. Un Palace, c’est un monument vivant, dépositaire d’un savoir-faire, d’un style, d’une mémoire collective. À ce titre, l’État pourrait envisager un rapprochement symbolique avec la protection du patrimoine hôtelier : accès à des avantages fiscaux (lire encadré), soutien à la formation, promotion internationale coordonnée.
Le bénéfice de la reconnaissance du statut de Palaces devrait permettre l’accès au principal avantage lié aux monuments historiques. La loi Monuments historiques prévoit une défiscalisation de la totalité des travaux. Cette défiscalisation prend la forme d’une réduction d’impôt sur les travaux de restauration, les travaux d’entretien et de rénovation. Il n’existe aucun plafond pour cette réduction d’impôt ! Les charges de restauration et d’entretien du bien immobilier Monuments Historiques, plus les intérêts d’emprunt liés à l’achat et aux travaux sont déductibles à 100% des revenus fonciers. Le déficit résultant est déductible du revenu global, sans aucun plafonnement. En outre, cette défiscalisation ne rentre pas dans le plafonnement des niches fiscales. Une façon de reconnaître la qualité patrimoniale et de compenser l’investissement sociétal (social et durabilité) de l’établissement.
La distinction Palace demeure un formidable outil de rayonnement pour la France, mais son avenir passe par une clarification de son esprit : reconnaître non pas la conformité à une grille, mais l’incarnation d’un héritage et d’une excellence vécue.















