Aux origines du luxe sur la Costa del Sol
Peu de parcours résument aussi bien l’émergence de Marbella comme place forte du tourisme haut de gamme. Lorsque le comte Rudi rejoint la côte andalouse, la future station n’est encore qu’un bourg du littoral, sans notoriété au-delà des frontières espagnoles.
Au fil des décennies, le tandem qu’il forme avec le prince Alfonso de Hohenlohe fait du Marbella Club une adresse fréquentée par les cours d’Europe, le cinéma et la haute finance. C’est autour de cet établissement que s’est bâtie l’image internationale de la ville dans la seconde moitié du XXe siècle.
L’hommage du Marbella Club
L’hôtel a lui-même annoncé la nouvelle sur ses réseaux sociaux le dimanche 18 octobre. Il y salue en lui à la fois un mentor, un ami et l’une des pages majeures de son histoire.
Relayé par la presse locale, le message des équipes insiste sur son instinct de l’accueil et son souci des petites attentions qui marquent un séjour. Jennica Arazi, propriétaire de l’établissement, retient de lui l’idée que l’on ne lègue vraiment que ce que l’on transmet. La maire de Marbella, Ángeles Muñoz, a pour sa part salué la trace qu’il laisse dans la commune.
Une vocation née de l’exil
Rudolf von Schönburg-Glauchau voit le jour le 25 septembre 1932 au château familial de Wechselburg, en Saxe. Au printemps 1945, à douze ans, il prend la route de l’Ouest avec sa famille, contrainte d’abandonner ses terres devant l’arrivée de l’Armée rouge.
Ce déracinement l’oriente vers un métier. Inscrit à partir de 1953 dans une école hôtelière de Lausanne, il en sort diplômé en direction d’hôtel, après plusieurs stages dans des maisons de prestige suisses et allemandes.
De sous-directeur à directeur général
Fin 1956, Alfonso de Hohenlohe, qui est aussi son cousin, l’appelle à Marbella pour seconder la direction d’un hôtel inauguré deux ans plus tôt. L’établissement occupe alors une ancienne propriété et ne compte qu’une vingtaine de chambres.
Après une parenthèse mexicaine de deux ans, il revient en 1961 pour en prendre les rênes, qu’il conserve jusqu’en 1983. Au cours de ces vingt-deux années, la réputation de la maison franchit les frontières et sa clientèle s’étend à la noblesse, aux milieux d’affaires, aux artistes et aux souverains.
Audrey Hepburn, Grace Kelly, Elizabeth Taylor, Brigitte Bardot, Sean Connery et les ducs de Windsor ont été reçus au Marbella Club, tout comme Maria Callas, Gunter Sachs et Aristote Onassis. En 1993, le comte Rudi rejoint de nouveau l’entreprise, cette fois comme conseiller.
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Le métier au service de la vision
Le duo reposait sur une répartition claire des rôles. Au prince revenaient le projet et les réseaux. Au comte Rudi revenait la rigueur d’exploitation héritée de sa formation, indispensable pour transformer une intuition en modèle durable.
Ce modèle reposait sur une connaissance fine de chaque hôte, un service ajusté à ses habitudes et une confidentialité sans faille. Dans un entretien accordé au Marbella Club, il conseillait aux jeunes candidats à l’hôtellerie cinq étoiles d’être passionnés par leur métier et de placer le client au centre de tout.
En 2022, pour ses 90 ans, José María Sánchez-Robles lui a consacré un ouvrage biographique intitulé « Un homme chanceux ». Au cours de sa vie, il avait été distingué par l’ordre d’Isabelle la Catholique, la croix fédérale du Mérite allemande et la médaille d’argent du mérite touristique.
Une empreinte durable
Marié depuis 1971 à la princesse Marie-Louise de Prusse, engagée de longue date dans l’action caritative à Marbella, il laisse son épouse et leurs deux enfants, Sophie et Friedrich.
Analyse – Le développement de la Costa del Sol à partir des années 1950 doit beaucoup à cet afflux précoce de visiteurs fortunés, qui a ouvert la voie aux hôtels, résidences et services haut de gamme. Plus de soixante-dix ans après la fondation du Marbella Club, le marché reste une cible pour les opérateurs, comme en témoignent l’arrivée programmée de Waldorf Astoria à Marbella en 2029 ou la création de 1912 Collection dans la vieille ville.
Avec lui disparaît l’un des derniers témoins de l’époque où Marbella a changé d’échelle. Il était aussi l’un des hôteliers qui ont fait de la relation personnelle avec le client un actif aussi précieux que le bâti.
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At a glance by The Hospitality Tribune
Marbella mourns Count Rudi, an early architect of its luxury appeal
Rudolf Graf von Schönburg-Glauchau passed away on 17 October 2026, aged 94
Partnered with Prince Alfonso de Hohenlohe from the Marbella Club’s earliest years
Led the hotel as General Manager from 1961 to 1983, later returning as adviser in 1993
Turned the property into a magnet for royalty, film stars and international wealth
His guest-centric, discreet service model became a reference for luxury resort operations
















