Covid : la descente aux enfers se prolonge pour l’hôtellerie

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Avec le deuxième confinement, la descente aux enfers se poursuit pour l’hôtellerie française. Le peu d’activité persistante s’évapore en effet plus ou moins fortement selon la position adoptée par la direction des établissements, notamment à Paris.

Dès vendredi, des fermetures d’hôtel étaient constatées, en dépit de consignes de prudence de la part des responsables patronaux ou de réseaux. Dans certains cas, le mouvement s’est même depuis amplifié. Le directeur général du groupement coopératif moyen et haut de gamme BWH Hotel Group (Best Western…) France, Olivier Cohn, fait état ce lundi de « 75 hôtels fermés à ce jour », à comparer à 25 vendredi après-midi, pour un parc de 300 unités. « Il ne devrait pas y avoir trop de fermetures supplémentaires cette semaine. Les hôteliers regardent ce qui se passe pour se décider », ajoute-t-il.

Eclairage à venir

« La semaine nous éclairera sur le maintien de l’activité Affaires », confirme, de son côté, le patron Europe de l’Ouest du groupe d’hôtellerie économique B & B Hotels, Vincent Quandalle. Si ce dernier observe déjà des effets du deuxième confinement sur les réservations, il tient à préciser que la situation « n’est pas encore très claire ». S’agissant de fermeture, seul le B & B situé dans la zone de Disneyland Paris est pour l’instant concerné, le complexe de loisirs ayant été contraint de suspendre son activité.

Des fermetures sont également constatées parmi l’hôtellerie de luxe tricolore. A Paris, le célèbre Hôtel de Crillon, qui avait rouvert le 24 août, a refermé ses portes lundi matin jusqu’au 1er décembre. Le non moins connu Negresco de Nice a annoncé sa « fermeture provisoire », et ce « jusqu’à nouvel ordre ».

« Il y a une grande incertitude sur l’activité au-delà de ce mois de confinement. Et la politique de petits pas du gouvernement finit par agacer. Devant une telle situation, bien des hôteliers préfèrent fermer », commente, pour sa part, le président du groupement patronal GNI, Didier Chenet. De son côté, l’Umih, la principale organisation patronale, vient de réaliser un sondage interne indiquant qu’« un hôtelier sur deux compte son établissement en novembre par manque de clients ».

Forts contrastes à Paris

Particulièrement fragilisée par la crise sanitaire, l’hôtellerie haut de gamme parisienne réagit de manière contrastée à ce deuxième confinement. Si le Crillon a refermé ses portes, restent ouverts d’autres palaces tels que le Ritz, le Four Seasons George V, Le Meurice, le Plaza Athénée ou encore le Bristol. Pour ces derniers, le confinement s’accompagne de la seule fermeture des bars et restaurants – un coup dur. En temps normal, les repas d’affaires constituent une prestation importante. Quant à leur rare clientèle du moment, il lui est désormais proposé un service de restauration en chambre. Ces établissements de prestige ont également fermé jusqu’au 1er décembre d’autres équipements : piscine, spa et/ou boutiques.

En parallèle, d’autres palaces de la capitale prolongent toujours plus l’arrêt de toute ou partie de leur exploitation. Ainsi, les chambres et suites du Peninsula, du Shangri-La et du Royal Monceau – adresse parisienne de la chaîne Raffles – ne sont toujours pas commercialisées depuis la mi-mars. Le Peninsula propose désormais la vente à emporter de quelques plats. Le Shangri-La, qui devait rouvrir le 1er décembre, reste désormais « fermé jusqu’à nouvel ordre »… Et au Royal Monceau, seule demeure la commercialisation de ses cinq appartements privés, sa restauration, son spa et sa libraire étant à nouveau fermés.

Coup sur la tête

« Ce deuxième confinement est un coup sur la tête pour l’hôtellerie haut de gamme et luxe parisienne. On pensait vraiment que l’activité allait reprendre, même faiblement, à la rentrée. Or, septembre-octobre ont été très peu favorables. A la fin septembre, la recette unitaire par chambre disponible était en recul de 70 %. Avec le deuxième confinement, on sera entre -75 et -80 % à la fin de l’année, d’autant qu’il pourrait se prolonger », analyse le président du pôle hôtellerie haut de gamme de l’Umih, Christophe Laure, par ailleurs directeur général de l’hôtel InterContinental de place de l’Opéra.

Ce dernier ne cache pas son inquiétude sur l’emploi alors que la crise du secteur d’une ampleur inouïe ne semble pas s’atténuer : « Il faut être vigilant. J’entrevois des spectres de PSE. Il paraît difficile d’imaginer une amélioration avant le printemps, et s’il y a réservations de groupe, ce ne sera pas avant septembre 2021. Le soutien de l’Etat est fondamental ». De fait, rappelle Christophe Laure, les 31 hôtels bénéficiant du label « Palace », dont 12 à Paris, représentent 10.000 salariés…

Or la pandémie se traduit déjà par des fermetures définitives. A Paris, le propriétaire de l’hôtel W – une enseigne design et branchée qui avait ouvert en mars 2012 non loin de l’Opéra Garnier, a mis fin au contrat de management de l’Américain Marriott.

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