Une ligne de 200 M€ dans l’effort demandé à l’Assurance maladie
Le 8 octobre 2026, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a présenté le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 devant le conseil de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). Dans la ventilation des économies demandées à la branche maladie figure un transfert de 700 M€ de dépenses vers les complémentaires santé, dont 200 M€ au titre des cures thermales conventionnées et 500 M€ de dépenses hospitalières.
Le discours de la ministre ne précise ni les modalités de ce transfert ni son calendrier d’application. Le montant n’apparaissait pas dans les mesures d’économies détaillées lors de la présentation du texte en Conseil des ministres, le 1er octobre, et la mesure est restée pratiquement inaperçue pendant une semaine.
Un déficit ramené sous les 8 Md€
Le gouvernement inscrit cette décision dans un objectif de redressement de la branche maladie. Sans PLFSS, le déficit de l’Assurance maladie atteindrait 14 Md€ en 2027, selon la ministre, qui vise un niveau légèrement inférieur à 8 Md€ grâce au texte.
Le transfert vers les complémentaires s’ajoute à 1,3 Md€ de baisses de prix des médicaments, complétées par 1,7 Md€ de contribution macroéconomique, ainsi qu’à 1 Md€ d’économies sur les arrêts maladie, à négocier avec les partenaires sociaux.
Stéphanie Rist a toutefois laissé la porte ouverte à des ajustements : « Nous sommes évidemment sur une copie de départ et sommes prêts à l’améliorer, lorsque cela reposera sur des choix lucides. » Le conseil de la Cnam, où siègent notamment les partenaires sociaux et des associations d’usagers, a rendu un avis défavorable à la quasi-unanimité, avec 31 voix contre, deux abstentions (CFTC) et deux prises d’acte (U2P). Cet avis reste consultatif.
Une nouvelle tentative après l’échec de 2026
Les cures thermales sont aujourd’hui remboursées à 65 % par l’Assurance maladie au titre du forfait thermal. Le gouvernement avait déjà tenté sans succès de les dérembourser dans le budget de la Sécurité sociale pour 2026. L’Assemblée nationale avait alors rejeté par 167 voix contre 24 un amendement de déremboursement partiel.
Selon Les Echos, l’économie passerait cette fois par un abaissement du niveau de remboursement par la Sécurité sociale, une perspective qui fait réagir aussi bien les acteurs du thermalisme que les mutuelles.
Le CNETh dénonce un « déremboursement qui ne dit pas son nom »
Dans un communiqué publié le 9 octobre (le télécharger Communiqué de presse thermalisme), le Conseil national des établissements thermaux (CNETh), qui regroupe l’ensemble des établissements thermaux français, conteste une mesure annoncée sans garantie de prise en charge par les complémentaires et avant les conclusions de l’évaluation scientifique engagée par la Haute Autorité de santé (HAS). L’organisation rappelle qu’environ un demi-million de patients suivent chaque année une cure prescrite par un médecin, notamment pour des pathologies chroniques rhumatologiques, respiratoires ou vasculaires.
Le premier argument porte sur la nature même de la mesure. Pour le CNETh, « derrière le mot « transfert », c’est un déremboursement qui ne dit pas son nom », les contrats responsables des complémentaires n’étant soumis à aucune obligation générale de prise en charge des soins thermaux. Les patients seraient perdants dans les deux cas : sans compensation, des curistes souvent âgés et aux revenus modestes supporteraient la quasi-totalité du coût de leurs traitements, avec compensation, la dépense alourdirait leurs cotisations.
Le deuxième argument relève de la procédure. Aucune disposition spécifique du PLFSS 2027 ne précisant les modalités de la mesure, les parlementaires pourraient, selon l’organisation, voter une trajectoire de dépenses sans se prononcer explicitement sur une décision qui concerne près de 500 000 patients.
Le troisième tient au calendrier. Saisie en février 2026 par le gouvernement, la HAS évalue le service médical rendu des cures, et le CNETh juge incompréhensible d’en modifier le financement avant d’en connaître les résultats. Le syndicat demande le retrait de la mesure et appelle les parlementaires à se saisir du sujet lors de l’examen du texte.
Analyse LTH • Un enjeu économique pour les villes thermales
Au-delà des établissements de soins, la cure conventionnée alimente une clientèle de séjour dont dépendent hôtels, résidences et commerces des stations thermales. Au-delà du risque encouru pour les salariés de ces établissements, ces stations thermales font vivre des régions entières. L’évolution éventuelle de son financement interviendrait alors que plusieurs acteurs ont engagé des investissements hôteliers dans ces territoires, à l’image de Valvital, dont l’établissement thermal de Nancy intègre un hôtel-restaurant, du Groupe HIS avec le futur Mercure Majestic Luchon ou de la Chaîne thermale du Soleil, dirigée par Eléonore et Adeline Guérard.
Un calendrier parlementaire resserré
L’examen du PLFSS 2027 s’ouvre le 12 octobre en commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, avant un vote solennel prévu le 27 octobre. La précision des modalités du transfert, aujourd’hui absente du texte, devrait constituer l’un des points de friction des débats pour la filière thermale.
At a glance by The Hospitality Tribune
France’s 2027 social security budget targets thermal spa cure reimbursement
€200m of thermal cure spending to shift from national health insurance to supplementary insurers in 2027
Part of a wider €700m transfer, including €500m of hospital spending
Around 500,000 patients follow prescribed spa cures each year, according to CNETh
CNETh calls the move a disguised delisting and demands its withdrawal
Committee review from 12 October, National Assembly vote scheduled for 27 October
















