Face au coronavirus, des hôteliers contraints de fermer leurs établissements

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L’épidémie de coronavirus qui a commencé à faire vaciller les hôteliers, il y a quelques semaines, pousse aujourd’hui des professionnels à fermer leurs établissements.

Des hôtels fermés, des chambres vides. Des annulations en cascade. Les mesures de confinement et de restriction des déplacements ont mis un coup d’arrêt à l’activité hôtelière. « Sur mes sept hôtels, six sont fermés », explique Antoine Falleur, patron du groupe Gest’hôtel (500 chambres dans l’agglomération berruyère).

Seul l’Ibis, au Prado, à Bourges reste ouvert pour quelques clients en transit et peut-être réquisitionné pour accueillir du personnel soignant. « Le problème quand on ferme un hôtel, c’est qu’on a l’obligation de garder trois personnes en 3×8 par rapport aux assurances. Pour mes sept hôtels, j’ai trente salariés au travail sur cent vingt. » Ses quatre-vingt-dix autres salariés sont en congés, chômage partiel ou en télétravail pour trois d’entre eux.

« Avoir de la trésorerie d’avance »

Antoine Falleur, son épouse et son fils tentent d’être « le plus présents possible avec les équipes, un comité de direction a lieu tous les trois jours en visioconférence. » Ces fermetures sont l’occasion de faire de la maintenance et quelques petits travaux. « Je table sur 45 jours de confinement, après ce sera compliqué, s’inquiète Antoine Falleur. Si on rouvre en mai, on pourra sauver la saison. Mais il faut avoir de la trésorerie d’avance. »

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Président du club hôtelier de Bourges, Éric Lebourdais (Le Château de Lazenay) accueille déjà des médecins de l’hôpital toute l’année. Il avance une quinzaine d’hôtels fermés sur 26 à Bourges. « Depuis dix jours, j’ai eu 260 nuitées annulées sur mars-avril », calcule-t-il. Il envisage de solliciter la Ville de Bourges pour reporter tout ou partie de la taxe de séjour pour sauver un peu de trésorerie des hôteliers.

À Vierzon, l’Arche Hôtel reste ouvert, « on a quelques clients, des médecins de l’hôpital, explique la responsable. Mais on ne sert plus de petits-déjeuners ». Six salariés de cet établissement sont en chômage partiel. L’Ibis Styles de Vierzon est, lui, fermé à la clientèle. Seul le standard reste ouvert.

« Il faudra annuler et non lisser les charges sociales salariales et patronales »

Olivier Rivet, patron de l’hôtel vierzonnais La Mire est dépité : « On est ouvert sauf le restaurant, mais il y a zéro client, nous sommes à la disposition de l’État. Il n’y a aucun chiffre d’affaires, mes neuf salariés sont en chômage partiel. On pourra verser les salaires en mars, en avril, mais en mai on n’aura plus de trésorerie. Il y a aussi les fournisseurs à payer. Pour redémarrer ça va être dur. Il faudra annuler et non lisser les charges sociales salariales et patronales. »

L’agence Tourisme et territoires a fermé sa centrale de réservation automatique. « On ne traite les demandes qu’au téléphone », explique son directeur Ludovic Azuar qui va s’appuyer sur l’ordonnance du 25 mars pour jouer sur les report de séjours. Il constate déjà des annulations de groupes en mai. Le 42e Rassemblement international de Goldwing, du 21 au 24 mai, à Bourges est aussi rayé du calendrier.

Pourvoir héberger du personnel soignant

Certains hôtels doivent rester ouverts pour accueillir notamment des SDF et des migrants. D’autres peuvent être réquisitionnés pour héberger du personnel soignant en première ligne face à l’épidémie de Covid-19. Dans ce dernier cas, les personnes hébergées n’auront rien à débourser. En revanche, les établissements recevront une indemnité versée par l’État.

L’Hôtel F1, au Subdray, reste ainsi ouvert « pour accueillir les personnes en situation précaire en priorité », précise son directeur Akram Tanazefti.

L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) avait demandé, la semaine dernière, la reconnaissance par les pouvoirs publics d’un « état de catastrophe sanitaire », qui permette de débloquer une indemnisation des compagnies d’assurance pour les restaurateurs et hôteliers.

Malgré un mois de mai traditionnellement porteur pour le tourisme, l’espoir d’une sortie de crise dans un peu plus d’un mois et l’envie pour beaucoup de changer d’air s’avèrent encore fragiles. D’autant que beaucoup de salariés sont invités à solder leurs congés en mars-avril afin d’anticiper la reprise.