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Reprise : pourquoi les difficultés de recrutement ne mèneront pas à une hausse des salaires

Faut-il s'attendre à une hausse des salaires afin de trouver les candidats aux 300 000 emplois toujours pas pourvus ? Si Bruno Le Maire a encouragé les patrons à faire un geste, ses élans ont rapidement été freinés par Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement. Et pour l'économiste Mireille Bruyère, les patrons n'ont « pas intérêt à revaloriser les rémunérations ».

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Alors que 300 000 emplois ne sont toujours pas pourvus, Bruno Le Maire a encouragé le patronat à faire des efforts de revalorisation salariale pour inciter les demandeurs d’emploi à postuler. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a toutefois refroidi les ardeurs du ministre de l’Économie et des Finances, dimanche 29 août, lors du Grand Jury sur RTL : « ce n’est pas dans notre intention, au-delà des revalorisations classiques liées à l’inflation ». L’économiste spécialiste du travail Mireille Bruyère, maîtresse de conférences à l’université de Toulouse Jean-Jaurès et membre du CERTOP (Centre de Recherche sur le Travail, l’Organisation, le Pouvoir) décrit à Marianne un avenir moins optimiste.

Marianne : De nombreux secteurs, dont l’hôtellerie-restauration, ont du mal à trouver des employés depuis la reprise. Ces difficultés d’embauche pourraient-elles avoir pour conséquence une hausse des salaires ?

Mireille Bruyère : Ça m’étonnerait ! Le secteur de l’hôtellerie-restauration, par exemple, a toujours connu un très gros turnover. Certaines places sont parfois bien payées dans certains hôtels et restaurants, mais en globalité, les emplois non pourvus sont des emplois précaires, avec des conditions de travail plutôt dégradées. Les employés sont habitués à cette forme de précarité et sont eux aussi prêts à régulièrement changer d’employeur.

Il y a toujours eu des cycles où de fortes tensions de recrutement s’expriment dans ce secteur, mais elles n’ont jamais conduit à des augmentations de salaire. Les difficultés de recrutement sont un phénomène difficile à saisir statistiquement. Un employeur qui met une annonce peut attendre plusieurs semaines, voire des mois, avant de trouver une recrue. Ça ne signifie pas pour autant qu’il ne va jamais recruter. Il ne faut pas confondre difficulté et impossibilité d’embauche.

« Les exonérations conduisent finalement à inciter un tassement des rémunérations autour du SMIC, on appelle ça la smicardisation de la société. »

L’hôtellerie-restauration est par ailleurs une filière trop petite et composée majoritairement de petites entreprises. Sa structuration est trop explosée pour permettre une revalorisation salariale.

Mais ces difficultés d’embauches ne peuvent-elles pas peser sur d’autres secteurs ?

Pour l’instant, on recense en tout 300 000 emplois non pourvus pour 3 millions de demandeurs d’emploi. Il faut étudier cette offre secteur par secteur. Une réévaluation salariale pourrait avoir lieu dans un secteur comme l’informatique car les compétences sont très élevées, très techniques et demandent une formation longue, ce qui conduit effectivement à des impossibilités de recrutement. Cependant, les secteurs les plus en difficulté de recrutement ne requièrent généralement pas de qualification. Leurs métiers présentent des conditions difficiles, avec un roulement important. Plus la rotation est forte, mois les emplois sont pourvus, car il faut le temps de retrouver les remplaçants. Rien à voir, donc, avec du manque de main-d’œuvre.

De plus, le financement de ces emplois précaires s’appuie particulièrement sur les exonérations de cotisations patronales. Mises en place pour inciter à l’embauche, les réductions de ces cotisations s’appliquent pour les salaires qui n’excèdent pas 1,6 fois le Smic. Le dispositif est dégressif à mesure qu’on augmente les salaires. Forcément, un employeur n’a pas intérêt à revaloriser les rémunérations car il paierait double cette augmentation. Les exonérations conduisent finalement à inciter un tassement des rémunérations autour du SMIC. On appelle ça la smicardisation de la société.

La fin du « quoi qu’il en coûte », qui retire aux entreprises des aides aptes à financer ces hausses de salaire, ne risque-t-elle pas d’aggraver cette situation ? (….) Lire la suite sur Marianne

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