The Ivy, Annabel’s et Sexy Fish passent sous pavillon émirati
Le périmètre de la transaction (pour un montant estimé à 1,4 milliard £ – notre article du 13 avril 2026) est considérable. DIAFA* prend le contrôle de trois ensembles distincts : The Ivy Collection, qui compte plus de 40 adresses à travers le Royaume-Uni ; le portefeuille Caprice Holdings, incluant Scott’s, Sexy Fish et Noema ; et The Birley Clubs, dont font partie Annabel’s, George, Harry’s Bar et Mark’s Club. Réunis sous l’entité Troia Restaurants, ces établissements avaient généré 58 millions de livres d’EBITDA pour 303 millions de livres de chiffre d’affaires en 2025.
*DIAFA (Dubai International Academy of Financial Affairs) est un groupe d’investissement basé à Abou Dhabi, émanant du puissant conglomérat IHC (International Holding Company), la société cotée la plus valorisée de la bourse d’Abou Dhabi.
Richard Caring : une sortie partielle, une ambition intacte
Surnommé le « King of Mayfair », Richard Caring avait bâti cet empire après avoir fait fortune dans la mode, transformant The Ivy, un restaurant fréquenté par les célébrités londoniennes, en une chaîne nationale de référence. La cession à DIAFA constitue pour lui une sortie partielle assortie d’un apport de capital frais, dans une optique d’expansion internationale accélérée. Il demeure président exécutif et continuera à orienter la stratégie du groupe aux côtés de la nouvelle direction.
Ravi Thakran aux commandes : un profil LVMH pour une ambition mondiale
DIAFA a nommé Ravi Thakran au poste de directeur général du groupe élargi. Ancien président de LVMH Asie et fondateur de L Capital Asia — où il a supervisé plus de 4 milliards de dollars d’investissements —, Thakran apporte une expertise rare dans le déploiement de marques de luxe à l’international. Ashley Saxton, anciennement directeur des restaurants chez Harrods, occupe quant à lui la fonction de directeur général F&B du groupe.

Ravi Thakran, DIAFA Group CEO, a déclaré dans les colonnes d’: « Cette transaction marque le début d’un nouveau chapitre dans l’hôtellerie de luxe mondiale. Nous constituons un portefeuille des marques les plus iconiques au monde. Avec Richard Caring, nous construisons une plateforme à la valeur durable et à l’influence mondiale. »
Une stratégie de portabilité des marques à l’échelle mondiale
Au-delà de l’acquisition d’actifs, c’est une réorganisation stratégique profonde qui se dessine. Annabel’s est déjà envisagé à New York ; une expansion internationale de Scott’s, Sexy Fish et Noema est à l’étude ; The Ivy Collection est évaluée pour une entrée aux États-Unis. DIAFA, dont le portefeuille comprend déjà Zuma et Roka via le groupe Azumi, affiche clairement son ambition de devenir le premier opérateur F&B mondial. Le modèle n’est plus centré sur le lieu, mais sur la portabilité des marques — une rupture stratégique notable pour des enseignes aussi intimement liées à l’identité londonienne.
Abu Dhabi, nouvel arbitre du luxe gastronomique mondial
Cette transaction s’inscrit dans un mouvement plus large d’investissements des fonds du Golfe dans les secteurs du luxe, de l’expérience et de la gastronomie premium. DIAFA, groupe d’investissement basé à Abou Dhabi, a multiplié les acquisitions dans des secteurs aussi variés que la finance, l’énergie et la consommation.
De l’importance stratégique de cette fusion-acquisition pour le secteur
Cette opération constitue une rupture majeure dans l’industrie mondiale de la restauration haut de gamme pour trois raisons fondamentales :
1. Un changement d’échelle : du local au global
Pour la première fois, un portefeuille de restaurants aussi emblématique de l’identité londonienne — The Ivy, Annabel’s, Sexy Fish — passe sous contrôle étranger non pas pour une simple détention d’actifs, mais pour une exportation planifiée des marques. Le modèle économique bascule : ces enseignes ne sont plus des « destinations » ancrées dans un lieu, mais des marques portables susceptibles d’être dupliquées à New York, Dubaï ou Singapour.
2. L’entrée des fonds du Golfe dans l’hôtellerie-restauration expérientielle
Après avoir investi massivement dans l’hôtellerie de luxe (hôtels, palaces), les fonds souverains et conglomérats émiratis (IHC, DIAFA, ADIA) ciblent désormais la restauration expérientielle premium. Cette transaction signale que le « dining » est devenu une classe d’actifs à part entière, au même titre que l’immobilier hôtelier ou les marques de mode.
3. La financiarisation du F&B de luxe
L’opération valorise le portefeuille sur la base d’un multiple d’EBITDA (environ 10x), une pratique courante dans le private equity mais encore rare dans la restauration haut de gamme, traditionnellement détenue par des opérateurs familiaux. La nomination de Ravi Thakran, ancien du private equity LVMH, confirme cette professionnalisation financière du secteur.
Un enjeu : le défi sera de préserver l’âme et l’authenticité de ces marques — intrinsèquement liées à Londres et à son histoire — tout en les industrialisant pour une expansion mondiale. La « londonité » est leur principal actif. La perdre serait le risque majeur de cette opération.








