Grif* : Global Restaurant Investment Forum
Un marché sous pression, mais des réalités très contrastées
Le baromètre enregistre un recul moyen des ventes à périmètre comparable de -27%. Mais derrière cette moyenne, les situations divergent fortement : environ un quart des opérateurs déclarent des baisses supérieures à 50%, tandis qu’un sur dix affiche une progression.
La géographie joue un rôle déterminant. Dubaï, la plus exposée au tourisme international avec près de 20 millions de visiteurs en 2025, concentre les plus fortes pressions : 63% des opérateurs y signalent des performances inférieures au reste de leur portefeuille. Abou Dhabi suit une tendance similaire, quand Sharjah se montre plus résiliente.
La nature des emplacements accentue encore ces écarts. Les zones touristiques (85% des opérateurs en recul) et les quartiers d’affaires (63%) subissent de plein fouet la baisse de fréquentation. À l’inverse, les quartiers résidentiels font figure de valeur refuge : 48% des opérateurs y signalent de meilleures performances que sur le reste de leur réseau.
La chaîne d’approvisionnement sous tension
Le secteur F&B des Émirats est structurellement dépendant des importations – celles-ci représentaient 85% de l’approvisionnement en produits frais en 2024. La perturbation des routes commerciales clés, dont le détroit d’Ormuz et le hub logistique de Jebel Ali, se répercute directement sur les coûts d’achat.
En début avril 2026, la hausse moyenne des coûts fournisseurs atteignait 13%, avec des pics entre 6% et 20% selon les catégories. La pression sur les marges devrait se maintenir bien au-delà de 2026 selon les auteurs du rapport, les effets de la perturbation logistique étant cumulatifs et décalés dans le temps.
Le gouvernement émirati a agi rapidement pour sécuriser l’approvisionnement en réorientant les flux d’importation et en mobilisant des réserves stratégiques. Pour les opérateurs, la contrainte n’est donc pas tant la disponibilité des produits que leur coût.
Les opérateurs privilégient la discipline à la remise
Face à ces pressions, les actions les plus fréquemment mises en oeuvre sont la renégociation des loyers et le gel des recrutements (67% chacun), la simplification des menus et les ajustements salariaux volontaires (50% chacun). Seuls 20% des opérateurs ont jusqu’ici obtenu un allègement effectif de leurs charges locatives.
Le rapport met en garde contre les remises tarifaires agressives, qui risquent d’éroder durablement la valeur perçue et de compromettre la reprise des marges une fois la demande revenue. Les opérateurs les plus solides misent sur la rigueur opérationnelle : maîtrise des coûts, ingénierie des menus, préservation de l’expérience client et fidélisation des équipes.
Les trois principaux défis cités sont la gestion des liquidités, la protection de l’emploi et l’incertitude sur la durée de la crise. Les mesures de soutien les plus attendues restent les exonérations de loyers, les allègements de TVA et les mécanismes de liquidité.
L’histoire plaide pour une reprise rapide
Le rapport s’appuie sur l’analyse de 24 crises mondiales majeures pour dégager des tendances de reprise. Dans l’année de l’incident, l’impact médian sur les arrivées touristiques est limité à -3%, avec une forte variabilité. Dès l’année suivante, la reprise est généralement amorcée. À deux ans, la demande dépasse en général les niveaux d’avant-crise (+9% en médiane). À trois ans, la croissance s’installe durablement, avec un gain médian de +11%.
La reprise post-Covid des Émirats constitue un point de référence éloquent. Le PIB réel du pays avait dépassé son niveau de 2019 dès 2022, surpassant largement les performances de la France (+2%), du Royaume-Uni (+3%), de l’Allemagne (+1%) ou de Hong Kong (-4%). Dubaï avait retrouvé dès 2023 ses volumes de touristes d’avant-pandémie – 17,1 millions de visiteurs contre 16,7 millions en 2019 – quand la plupart des grandes métropoles mondiales accusaient encore un retard.
Des fondamentaux solides pour la reprise
La confiance des opérateurs pour les 12 prochains mois s’affiche à un score net de +73, contre +3 seulement pour les 6 prochains mois – un écart qui traduit une conviction forte dans la trajectoire long terme, malgré l’incertitude immédiate.
Les atouts structurels des Émirats sont multiples : population jeune et en croissance, revenus en hausse, connectivité internationale exceptionnelle, diversité des clientèles (résidents, touristes, voyageurs d’affaires). À cela s’ajoutent des projets de développement majeurs – Wynn Resort & Casino à Ras Al Khaimah, Dubai Islands, le district culturel de Saadiyat à Abou Dhabi, Expo City Dubai – qui renforceront encore l’attractivité touristique du pays dans les années à venir.
👀 At a glance
Milestone – UAE Hospitality Industry Barometer published April 2026 by Juniper Strategy & GRIF; survey of 30 operators running c.400 UAE restaurants across c.150 brands
Key figures – Average LFL decline: -27%; average food cost increase: +13%; only 20% of operators secured rent relief
Sentiment – Net confidence score: +3 for next 6 months vs. +73 for next 12 months
Location split – Tourist-heavy (85% worse), office-focused (63% worse), residential (48% better vs. wider estate)
Historical benchmark – Analysis of 24 global crises shows tourism typically recovers to pre-crisis levels within 2 years; UAE post-Covid GDP recovery outperformed USA, UK, France, Germany, Singapore
Outlook – UAE structural advantages (population growth, connectivity, investment pipeline) support positive long-term trajectory despite short-term disruption
