Trois syndicalistes de la CGT Hôtels de prestige soupçonnés d’escroquerie

Le trésorier, la trésorière-adjointe et la comptable du syndicat sont suspectés d’avoir empoché, au nom du syndicat basé à Clichy, 10 % du montant des indemnités versées par le conseil des prud’hommes dans plus de 200 affaires, sur une période de six ans. Ils seront jugés en janvier 2022.

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Coup dur pour la CGT-Hôtels de Prestige Économique (HPE). Son fondateur Claude Levy et une autre salariée du syndicat – qui serait sa maîtresse Tiziri K – ont été placés en garde à vue, mardi, dans les locaux de la section de recherches de la gendarmerie de Versailles, soupçonnés d’escroquerie. Un mois plus tôt, un autre syndicaliste soupçonné des mêmes faits, avait déjà été entendu, en audition libre, dans la région de Toulouse, dans le cadre de ladite affaire.

Mais désormais, le syndicaliste à la faconde méridionale est dans le collimateur de la justice qui le soupçonne de ne pas être aussi blanc que le veut la légende. Cet été, le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine) a ouvert une enquête pour escroquerie et abus de confiance contre celui qui a créé il y a plus de 17 ans, le syndicat des Hôtels de prestige et économiques (CGT-HPE), la plus importante organisation dans l’hôtellerie avec plus de 800 adhérents. Une procédure qui fait suite à une plainte déposée par 15 adhérents du syndicat ou membres des instances dirigeantes. Des accusations rejetées en bloc par l’intéressé, qui promet de poursuivre les plaignants pour dénonciation calomnieuse.

« Depuis plusieurs années, Claude Lévy semble considérer la CGT-HPE comme son syndicat, s’affranchissant de ses règles de fonctionnement et confondant en outre les intérêts de celui-ci avec ses intérêts personnels », résume Me Gabriel Chiche, du cabinet Versini-Campinchi, l’avocat des plaignants.

Il augmente son salaire de plus de 57 % en 10 ans

Népotisme, absence de transparence dans les comptes, malversations supposées, concentration de pouvoir et de responsabilité… Des dysfonctionnements grossiers, difficiles à imaginer dans une organisation telle que la CGT, sont dénoncés. On reproche à ce dirigeant haut en couleur de multiplier les casquettes au sein du syndicat : trésorier, salarié et défenseur syndical au conseil de prud’hommes, tout en mélangeant vie privée et vie professionnelle.

En 10 ans (de 2009 à 2019), Claude Lévy aurait fait augmenter son salaire de plus de 57 %, passant de 2800 euros à 4500 euros brut, sur 13 mois, assorti d’une prime d’ancienneté annuelle de 1800 euros. Par ailleurs, le militant cégétiste est accusé d’avoir fait embaucher tour à tour sa femme puis sa maîtresse, ne cessant de rehausser leurs salaires pour finalement les licencier avec de grosses indemnités.

A. Lévy, l’ex-épouse, a été engagée en 2011 comme secrétaire puis comptable avant d’être éloignée du syndicat par son mari. Lors de l’année 2018, le syndicaliste a entamé une relation extraconjugale avec une autre salariée du syndicat, Tiziri K, relève la plainte. Si l’information est naturellement de l’ordre de la vie privée, la relation semble avoir eu des conséquences néfastes sur les relations professionnelles entre les trois salariés du syndicat CGT-HPE. (…)

50000 euros d’indemnités pour son épouse, six mois de salaire pour sa maîtresse

En janvier dernier, au cours d’une commission exécutive (CE) controversée où les statuts ont été modifiés — seuls 7 membres sur 18 y ont participé —, il a été a octroyé une indemnité de départ de 50000 euros à l’épouse. Ce même 17 janvier, a également été voté une augmentation de salaire de 300 euros mensuels pour Tiziri K, tout en actant son licenciement économique (à la demande de cette dernière), avec six mois de salaire en guise d’indemnités. Depuis son embauche, en 2017, la jeune femme âgée de moins de 30 ans a vu son salaire ainsi progresser de 59 %. On ne sait pas si le licenciement de cette dernière a finalement eu lieu.

Le plus surprenant est à venir. Claude Lévy et Tiziri K exercent depuis plusieurs années le mandat de défenseur syndical. Une assistance en théorie gratuite, en dehors des dons spontanés que peuvent effectuer les salariés. Or le couple est accusé d’imposer aux salariés des frais de dossiers préalables et une sorte de dîme sur les sommes obtenues — environ 10 %. Une pratique en violation avec le droit du travail, selon la plainte. Ce que conteste l’intéressé. « Les syndicats ont droit aux dons comme l’indique la confédération de la CGT dans une note récente », s’emporte Claude Lévy.

«Un système opaque et dangereux auquel il convient de mettre fin»

Les « dons spontanés » mais pas les « dons exigés ». Or les plaignants disposent d’éléments montrant que ces dons sont imposés aux salariés par Claude Lévy. La plupart du temps, les salariés, issus de professions peu au fait des juridictions sociales, régleraient rubis sur ongle, parfois en liquide, selon la plainte. Par ailleurs, l’union régionale de la CGT a récemment procédé au retrait du couple de la liste des défenseurs syndicaux, comme le montre la liste publié le 4 août 2020 par la préfecture de la région Ile-de-France. (…) Article complet réservé aux abonnés sur le site Le Parisien