Afrique du Sud | « Voilà l’impact de la pandémie » : Melville, quartier branché de Johannesburg déserté par les clients

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Avant l’arrivée du Covid-19, la 7e rue du quartier de Melville, à Johannesburg, passait pour l’une des plus vibrantes de la capitale économique d’Afrique du Sud. Repaire de jeunes branchés, d’expatriés et de fêtards, on y comptait une vingtaine de restaurants, cafés et bars sur 300 mètres. Près de six mois après la mise en place des premières mesures de confinement, six établissements ont fermé leurs portes, et la rue est presque déserte.

« Il n’y a qu’à regarder, voilà l’impact de la pandémie », souffle un serveur en désignant une salle pratiquement vide à l’heure du déjeuner. « Je reste ouvert même si on ne fait pas de profits. On ne paye que la moitié du loyer pour l’instant, j’ai réduit les horaires de mes employés et leur salaire avec, ils comprennent la situation », détaille Moritz Cloetz, propriétaire du Kwoffee. Excité à l’idée d’investir « un super spot », il avait ouvert ce café trois semaines avant le confinement…

Depuis, l’économie, déjà en récession avant la pandémie, a subi de plein fouet les effets des restrictions et de la crise mondiale. Au deuxième trimestre 2020, le produit intérieur brut (PIB) sud-africain s’est contracté de 51 % en rythme annualisé. Un chiffre sans précédent qui dépasse les prédictions, pourtant déjà pessimistes, de la banque centrale sud-africaine. Pour comparaison, l’économie des Etats-Unis a reculé de 31,7 % sur la même période.

« Treize années de croissance pulvérisées »

La baisse du PIB est moins impressionnante en variation d’un trimestre à l’autre : – 16,4 % entre le premier et le deuxième trimestre, contre – 13,8 % en France par exemple. Mais d’après l’économiste Isaah Mhlanga, la pandémie a déjà renvoyé le PIB sud-africain à son niveau de 2007. « Treize années de croissance ont été pulvérisées », écrit-il, soulignant qu’à la différence d’autres pays, l’Afrique du Sud, comme certains patients particulièrement vulnérables au Covid-19, souffre de « conditions préexistantes ». Parmi elles, une dette abyssale et un chômage affectant déjà plus de 40 % de la population active avant la pandémie.Parmi les secteurs les plus touchés, la construction, l’industrie et les mines, dont l’activité a respectivement reculé de 76,6 %, 74,9 % et 73,1 % en rythme annualisé au deuxième trimestre. Seule l’agriculture a progressé, de 15 %. La consommation des ménages, elle, a diminué de moitié, allant jusqu’à s’éteindre (– 99,9 %) dans les secteurs de la restauration et de l’hôtellerie, longtemps paralysés par les restrictions.

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